Page:Vinet - Boutmy - Quelques idées sur la création d'une faculté libre d'enseignement supérieur.djvu/15

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cratie ne reculera point. Contraintes de subir le droit du plus nombreux, les classes qui se nomment elles-mêmes les classes élevées ne peuvent conserver leur hégémonie politique qu’en invoquant le droit du plus capable. Il faut que, derrière l’enceinte croulante de leurs prérogatives et de la tradition, le flot de la démocratie se heurte à un second rempart fait de mérites éclatants et utiles, de supériorités dont le prestige s’impose, de capacités dont on ne puisse pas se priver sans folie.

Je n’ai pas, croyez-le bien, la prétention que mon idée, sous sa forme présente, suffise pour assurer de si vastes résultats. L’œuvre que j’entreprends n’est qu’une très-petite partie de la tâche immense qui incombe à la France ; sa forme même n’est pas définitive. Au milieu des énormes difficultés de l’heure actuelle, je ne me suis pas flatté de mener l’édifice jusqu’au faîte, j’ai cherché surtout à esquisser, dès le premier jour, un plan d’une grande largeur, et tel que la place fût faite d’avance à toutes les additions de l’avenir. Ce sera au temps, au progrès de l’esprit, à faire le reste et à constituer, dans toute la richesse de son organisation, la Faculté libre d’enseignement supérieur. Vous embarquerez-vous avec moi sur ma nef penchante ? — Dussions-nous échouer, je crois qu’il y aura quelque honneur à n’avoir pas désespéré de l’avenir, et à nous être aventurés les premiers, pour sauver, autant qu’il est en nous, le culte du savoir et l’empire de l’esprit.

Émile BOUTMY.