Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 4.djvu/4

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DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DE
L’ARCHITECTURE
FRANÇAISE
DU XIe AU XVIe SIÈCLE

C (Suite)

CONSTRUCTION, s. f. — aperçu général. — La construction est une science ; c’est aussi un art, c’est-à-dire qu’il faut au constructeur le savoir, l’expérience, et un sentiment naturel. On naît constructeur ; la science que l’on acquiert ne peut que développer les germes déposés dans le cerveau des hommes destinés à donner un emploi utile, une forme durable à la matière brute. Il en est des peuples comme des individus : les uns sont constructeurs dès leur berceau, d’autres ne le deviennent jamais ; les progrès de la civilisation n’ajoutent que peu de chose à cette faculté native. L’architecture et la construction doivent être enseignées ou pratiquées simultanément : la construction est le moyen ; l’architecture, le résultat ; et cependant, il est des œuvres d’architecture qui ne peuvent être considérées comme des constructions, et il est certaines constructions qu’on ne saurait mettre au nombre des œuvres d’architecture. Quelques animaux construisent, ceux-ci des cellules, ceux-là des nids, des mottes, des galeries, des sortes de huttes, des réseaux de fils : ce sont bien là des constructions, ce n’est pas de l’architecture.

Construire, pour l’architecte, c’est employer les matériaux en raison de leurs qualités et de leur nature propre, avec l’idée préconçue de satisfaire à un besoin par les moyens les plus simples et les plus solides ; de donner à la chose construite l’apparence de la durée, des proportions convenables soumises à certaines règles imposées par les sens, le raisonnement et l’instinct humains. Les méthodes du constructeur doivent donc varier en raison de la nature des matériaux, des moyens dont il