Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 8.djvu/337

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[serrurerie]
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Lorsqu’il est soulevé et qu’on ouvre le vantail, pour que la partie inférieure de la barre ne traîne pas sur le sol, on passe l’anneau dans le crochet A[1]. On façonnait aussi des verrous hauts, pour maintenir la partie supérieure du vantail, dont l’anneau était remplacé par un moraillon, ou par un piton dans lequel entrait la barre du verrou horizontal. Mais ces verrous hauts se manœuvraient difficilement, on leur préférait les fléaux horizontaux ou verticaux.

On apportait, pendant le moyen âge, une attention particulière à la ferrure des vantaux de portes fortifiées. Il n’est resté en place qu’un bien petit nombre de ces ferrures antérieures au XVIe siècle ; mais, par les scellements, on peut juger de l’importance des moyens de fermeture employés pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles pour les portes de villes et de châteaux. Certains vantaux[2] étaient maintenus au moyen de deux barres de bois rentrant dans le mur, d’une barre fixe tenant à un vantail (voyez Barre), d’un verrou haut, d’un verrou bas et d’une vertevelle. L’emploi fréquent des engins de guerre pour lancer des projectiles, la manœuvre des ponts à bascule, des ponts-levis, des herses, avaient familiarisé les serruriers avec certains moyens mécaniques assez simples comme principe, ingénieux cependant, puissants et pratiques. Alors on ne songeait pas, comme aujourd’hui dans la serrurerie fine, à cacher les mécanismes ; ils étaient au contraire apparents, et à cause de cela même d’un entretien facile. L’habitude que l’on avait prise, dans toute place forte, de faire manœuvrer de grandes pièces de charpente avec rapidité, exigeait une certaine précision dans les ouvrages de serrurerie et une grande solidité. Les grands verrous à crémaillère, pour fermer des vantaux de portes très-lourds et d’une hauteur de 4 à 5 mètres, étaient usités. Nous avons vu de ces verrous attachés, il y a quelque vingt ans, à des vantaux de portes de villes, notamment à Verdun. Il en existe encore en Allemagne, à Nuremberg. La figure 34 explique le système adopté. Un lourd verrou de fer carré est maintenu au sommet du montant du vantail par quatre embrasses a. Sur les flancs de ce verrou sont fortement cloués deux paliers b, recevant entre eux un levier à engrenage c, lequel roule sur un axe d. Deux dents d’engrenage tiennent au verrou et s’engagent entre les trois dents du levier. À l’extrémité de celui-ci est un boulon traversant la fourchette d’une tige t de fer tordu, descendant à portée de la main et terminée à sa partie inférieure par une poignée p, munie d’un moraillon e. En tirant la tige de haut en bas, on fait naturellement glisser le verrou, qui entre alors dans sa gâche g ; en poussant au contraire la tige de bas en haut, on fait sortir le verrou de sa gâche. Quand le verrou est poussé dans sa gâche, on enfonce l’aube-

  1. Ce verrou provient d’une porte de l’église de Semur en Brionnais, et appartient à la serrurerie du XIVe siècle. D’ailleurs on en peut voir encore un assez grand nombre en place, dans nos anciennes églises.
  2. Notamment ceux de la porte Narbonnaise, à Carcassonne.