Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 8.djvu/461

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[stalle]
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La variété des décorations adoptées pour les soubassements est infinie, jusqu’au moment où les lignes verticales des piliers supérieurs viennent les pénétrer et les relier aux ordonnances qu’ils supportent. De fait, alors ils disparaissent comme disparaissent d’ailleurs les membres horizontaux de l’architecture, les arasements, pour laisser dominer les lignes verticales. Il y avait là une recherche d’unité absolue que nous expliquons dans l’article Trait.

Naturellement, quand le niveau des voûtes des caves, dans les édifices civils, était placé au-dessus du sol extérieur, les hôtels ou maisons possédaient un soubassement, c’est-à-dire une ordonnance inférieure qui portait l’ordonnance du rez-de-chaussée. Ces soubassements étaient souvent riches en profils, en soupiraux bien percés et bien appareillés, en semis de pièces d’armoiries, fleurs de lis, coquilles, roses, croisettes, chiffres ou devises[1].

Ces soubassements sont toujours bien profilés et d’une heureuse proportion. Ils ne présentent pas de moulures saillantes, qui sont facilement brisées et dont les angles risquent de blesser les allants et venants. Les ornements qui les décorent sont plats, et n’enlèvent pas à ces membres inférieurs l’apparence de force qu’ils doivent conserver.

STALLE, s. f. (chaire, fourme, forme). Nous n’avons à nous occuper ici que des stalles de chœur ou de salles capitulaires, c’est-à-dire de ces rangées de sièges qui, placés dans le chœur des églises ou dans les salles d’assemblées, sont destinés aux membres du clergé, aux religieux d’un monastère, à un chapitre, ou même à des laïques réunis en conseil.

Dans les plus anciennes églises occidentales, dans les cathédrales et les grandes abbayes, l’évêque, l’abbé, étaient assis au fond du chœur, derrière l’autel. Autour d’eux prenaient place, sur des bancs disposés en hémicycle, les membres du chapitre ou de la congrégation. La cathedra, le siège épiscopal, dominait les bancs de pierre, de marbre ou de bois qui garnissaient le fond de l’abside. Cette disposition, encore conservée dans quelques-unes des églises d’Italie les plus anciennes, a complètement disparu en France, où l’on ne trouve plus trace, dans nos édifices religieux, de la cathedra et des sièges qui l’accompagnaient. Depuis le XIIIe siècle, dans les cathédrales, les sièges du clergé ont été placés en avant du sanctuaire, des deux côtés de l’espace qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de chœur, et qui occupe habituellement la partie de l’église comprise entre le transsept et les marches du sanctuaire montant à l’autel.

Le chœur, ainsi garni de stalles sur les côtés et le devant, a été enveloppé de clôtures plus ou moins riches et fermé sur le transsept par un jubé percé d’une ou de trois portes[2].

  1. Voyez l’ancien hôtel de ville d’Orléans (milieu du XVe siècle), dans l’ouvrage de MM. Verdier et Cattois, Architecture civile et domestique, tome II.
  2. Voyez Chœur, Jubé.