Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/115

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


sa divine statue, des traits de flamme jaillirent de ses yeux irrités, une sueur brûlante courut par tout son corps ; et trois fois, ô surprise ! trois fois se dressant tout-à-coup, elle agita son égide et sa lance frémissante. Aussitôt Calchas annonce qu’il faut repasser les mers ; que Troie ne peut tomber sous le fer des Argiens, s’ils ne retournent dans Argos prendre de nouveaux auspices, et n’en ramènent des dieux plus favorables, guidant comme autrefois sur l’onde nos poupes triomphantes. Maintenant donc que les perfides, poussés par des vents amis, vont revoir leur Mycènes ; c’est pour vous préparer de plus rudes attaques, se concilier le ciel, et, mesurant une seconde fois les eaux, reparaître à l’improviste sur vos bords épouvantés. C’est ainsi que Calchas interprète ce prodige. Afin d’apaiser Minerve, et de remplacer son image, ils ont, sur la foi du prophète, bâti ce pieux monument, dont la vertu doit effacer leur attentat. Calchas a voulu que l’art en exhaussât l’industrieuse charpente, et la portât jusqu’aux cieux, pour qu’il ne pût franchir vos portes, pénétrer dans vos murs, et devenir le nouveau gage de leur éternelle durée. Car si jamais votre audace violait l’offrande consacrée à Minerve ; alors, (puissent les dieux détourner sur Calchas son funeste présage !) alors malheur à l’empire de Priam ! malheur à la Phrygie ! Mais si vos mains respectueuses l’introduisent au sein de vos remparts, à son tour l’Asie conjurée portera la désolation dans l’héritage de Pélops : triste destinée, qui menace nos neveux. »