Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/117

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Tant d’artifices, tant de parjures, endorment la défiance ; et la malice d’un fourbe, et ses larmes feintes, triomphent enfin de guerriers que n’avaient pu soumettre ni le fils de Tydée, ni l’impétueux Achille, ni deux lustres de guerres, ni mille vaisseaux armés.

Bientôt un spectacle plus frappant, plus terrible, s’offre à nos regards interdits, et jette dans nos âmes un trouble inattendu. Nommé par le sort pontife de Neptune, Laocoon, près des autels ornés de guirlandes, immolait un taureau superbe au souverain des mers. Tout-à-coup (j’en frémis encore), vomis de Ténédos par un calme trompeur, deux serpens s’allongent sur la plaine liquide, et, roulant leurs orbes immenses, glissent de front vers le rivage. Leur luisante poitrine se dresse au milieu des flots, et de leur crête sanglante ils dominent les ondes ; leurs flancs se traînent en effleurant l’abîme, et leur queue se recourbe au loin en replis sinueux. Soudain la vague écume et gronde : les monstres ont touché l’arène ; et l’œil rouge de sang, les prunelles enflammées, ils font siffler leurs triples dards dans leurs gueules béantes. Tout fuit épouvanté : mais plus rapide que l’éclair, le couple affreux vole aux autels. Là, saisissant d’abord les deux jeunes fils du grand-prêtre, il embrasse d’une horrible étreinte leurs membres délicats, et déchire de morsures leurs chairs palpitantes. En vain leur père accourt, et balance un trait menaçant : déjà les reptiles l’ont enlacé lui-même ; lui même ils l’enchaînent, ils le serrent de leurs vastes anneaux ; et repliés deux fois