Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/119

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autour de ses flancs robustes, deux fois environnant son cou nerveux de leurs cercles d’écailles, ils dépassent fièrement sa tête de leurs têtes altières. Lui, roidissant ses deux bras contre ces nœuds épouvantables, tout couvert d’un sang livide, et dégouttant des noirs venins qui souillent son bandeau sacré, il pousse vers le ciel d’effroyables clameurs. Tel mugit un taureau blessé, lorsque, échappé des autels, il a dérobé son front à la hache incertaine. Enfin les dragons vainqueurs gagnent, en rasant la terre, les hauteurs du temple, et réfugiés dans le sanctuaire de l’inflexible Pallas, s’y cachent aux pieds de la déesse, sous l’abri de son bouclier.

À ce prodige, l’effroi redouble dans tous les cœurs. « L’impie, s’écrie-t-on, a son juste salaire, lui dont la lance outragea ce bois vénérable, lui dont le fer sacrilège en blessa les parois sacrées ! Conduisons dans ses demeures ce nouveau Palladium ; et fléchissons par nos vœux le courroux de Minerve ! » Aussitôt s’écroule sous nos coups un large pan de nos murailles, et nos remparts sont ouverts à l’ennemi. Chacun s’empresse d’aplanir le passage ; les uns coulent des roues mobiles sous les pieds du colosse ; d’autres suspendent à ses épaules de longs cordages. La fatale machine gravit nos retranchemens, enceinte d’une armée. À l’entour, nos enfans et nos vierges font retentir l’air de chants religieux, et se plaisent à toucher le câble qui la traîne. Elle entre enfin, elle entre, et s’avance menaçante au milieu de la ville. Ô ma patrie ! ô séjour des dieux, Ilion ! cité célèbre par tant d’exploits, cité de Dardanus ! Quatre fois, au