Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/239

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demeure ? Là vous pressent les Gétules, race indomptable, et le fougueux Numide, et les Syrtes inhospitalières : ici de brûlans déserts vous entourent, et le farouche Barcéen promène au loin ses fureurs vagabondes. Vous peindrai-je Tyr en armes se levant contre vous, et votre frère menaçant vos remparts ? Ah ! sans doute ce sont les dieux propices, c’est Junon favorable qui a poussé sur nos bords les navires Phrygiens. Voyez, ma sœur, comme s’affermit Carthage, comme s’agrandissent vos états, par une si noble alliance ! Appuyée de la valeur Troyenne, à quelle gloire n’atteindrait pas la puissance des enfans d’Agénor ! Vous, seulement, implorez la clémence des dieux ; que vos sacrifices les apaisent ; et livrez-vous ensuite aux doux soins de l’hospitalité. Pour retenir le héros, prétextez les noirs aquilons déchaînés sur les mers, l’humide Orion, les nefs de Pergame brisées par la tempête, et les cieux toujours intraitables. »

Ces mots achèvent d’enflammer un cœur déjà brûlant d’amour ; ils y font naître l’espoir, et mourir la pudeur. À l’instant elles courent dans les temples, et vont cherchant la paix aux pieds des autels. Là, suivant l’usage antique, elles immolent de jeunes brebis d’élite à Cérès législatrice, au brillant Apollon, à Bacchus père des vendanges ; à Junon surtout, à Junon protectrice des nœuds de l’hyménée. Une coupe à la main, la belle Didon verse elle-même le vin sacré sur le front d’une blanche génisse, ou rêveuse, en présence des dieux qu’elle invoque, elle marche d’un pas religieux autour des autels fumans