Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/91

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d’un doux accueil le retient auprès d’elle : mais je redoute un asyle ouvert par Junon ; sa haine, quand tout la sert, ne restera point oisive. Prévenons des trames funestes : qu’enlacée dans tes nœuds, investie de tes flammes, la reine ne puisse m’échapper ; qu’en dépit des dieux contraires, elle brûle sans remède ; et qu’un invincible amour l’enchaîne avec nous aux intérêts d’Énée. Le succès est facile ; voici le piège où tu peux la surprendre. Ascagne, ce jeune enfant des rois, ce cher objet de tous mes soins, Ascagne attendu par un père adoré, se dispose à visiter les murs de la nouvelle Sidon : il doit y porter les présens sauvés des mers en courroux, et d’Ilion en cendres. Je vais l’endormir d’un magique sommeil ; et le déposant à l’écart sur les hauteurs de Cythère ou dans les bosquets d’Idalie, je le cacherai moi-même au fond de mes rians berceaux, pour qu’il ignore notre heureuse imposture, et n’en puisse troubler le mystère. Toi, pour une nuit seulement, emprunte sa figure : enfant comme lui, prends ses traits enfantins. Et quand l’aimable Didon te recevra sur ses genoux, au milieu des banquets splendides et des douces fumées de Bacchus ; quand tu la verras te prodiguer de tendres embrassemens, et te couvrir de baisers ; souffle un feu secret dans son cœur, et glisse dans ses veines un poison subtil. »

L’Amour obéit à la voix d’une mère chérie ; il dépose en riant ses ailes ; il marche ; c’est Iule, et l’Amour s’applaudit. Alors Vénus fait couler dans les sens d’Ascagne un paisible repos ; et penché sur son