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CHAPITRE II


LE ROMANTISME. — POUCHKINE ET LA POÉSIE.


Ce fut un beau printemps de siècle, en Russie et dans toute l’Europe : la trêve des poëtes, une trêve de vingt-cinq ans après les grandes guerres politiques, avant les grandes luttes sociales et industrielles. L’homme, ayant démoli sa vieille maison, se reposa un instant pour chanter avant de la reconstruire, comme fait l’ouvrier qui interrompt son travail. Durant ces années du romantisme, si courtes et si remplies, qu’on peut circonscrire entre 1815 et 1840, la Russie intelligente sembla ne vivre que d’idée, de passion et d’harmonie. La soudaineté est le caractère de toutes les éclosions dans ce pays ; il se couvrit de poètes comme ses prairies se parent de fleurs, en quelques jours, au premier rayon qui fond les neiges. Un temps, les vers furent la langue universelle : tout homme cultivé la parla naturellement. De ces poëtes, beaucoup sont aimables, un seul est admirable, celui qui les absorbe tous dans son rayonnement, qui a donné son nom à cette époque, le glorieux Pouchkine.

Voilà pourtant une grande injustice et un exemple frappant de cette vérité, qu’en littérature la priorité des