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INTRODUCTION


AUX QUESTIONS SUR L’ENCYCLOPÉDIE


PAR DES AMATEURS.


(1770)

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Quelques gens de lettres, qui ont étudié l’Encyclopédie, ne proposent ici que des questions, et ne demandent que des éclaircissements ; ils se déclarent douteurs et non docteurs. Ils doutent surtout de ce qu’ils avancent ; ils respectent ce qu’ils doivent respecter ; ils soumettent leur raison dans toutes les choses qui sont au-dessus de leur raison, et il y en a beaucoup.

L’Encyclopédie est un monument qui honore la France ; aussi fut-elle persécutée dès qu’elle fut entreprise[1]. Le discours préliminaire qui la précéda était un vestibule d’une ordonnance magnifique et sage, qui annonçait le palais des sciences ; mais il avertissait la jalousie et l’ignorance de s’armer. On décria l’ouvrage avant qu’il parût ; la basse littérature se déchaîna ; on écrivit des libelles diffamatoires contre ceux dont le travail n’avait pas encore paru.

Mais à peine l’Encyclopédie a-t-elle été achevée que l’Europe en a reconnu l’utilité ; il a fallu réimprimer en France et augmenter cet ouvrage immense, qui est de vingt-deux volumes in-folio : on l’a contrefait en Italie, et des théologiens même ont embelli et fortifié les articles de théologie à la manière de leur pays : on le

  1. Le premier volume de l’Encyclopédie parut en 1751 ; la publication fut suspendue par arrêt en 1753 ; on put reprendre l’année suivante, mais pour se voir encore interdit en 1757. Ce n’est qu’en 1765 qu’on se remit à l’œuvre, et en 1771 seulement fut donné le dernier des dix-sept gros volumes de texte à deux colonnes et des onze volumes de planches in-folio dont se composa d’abord l’ouvrage, qui, plus tard, fut encore augmente de cinq volumes de supplément. Il y eut donc un intervalle de plus de vingt ans entre l’apparition du premier et du dernier tome.
    Le discours préliminaire est de d’Alembert. (G. A.)