Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome18.djvu/548

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dans leur fait, et qu’ils furent pendus en conséquence. L’arrêt du parlement est directement contraire à ce que dit l’auteur. « La cour déclare les accusés dûment atteints et convaincus de superstitions, d’impiétés, sacriléges, profanations, empoisonnements. »

L’arrêt ne dit pas que ce soient les profanations qui aient fait périr les animaux : il dit que ce sont les empoisonnements. On peut commettre un sacrilége sans être sorcier, comme on empoisonne sans être sorcier.

D’autres juges firent brûler, à la vérité, le curé Gaufridi, et ils crurent fermement que le diable l’avait fait jouir de toutes ses pénitentes. Le curé Gaufridi croyait aussi en avoir obligation au diable ; mais c’était en 1611 : c’était dans le temps où la plupart de nos provinciaux n’étaient pas fort au-dessus des Caraïbes et des Nègres. Il y en a eu encore de nos jours quelques-uns de cette espèce, comme le jésuite Girard, l’ex-jésuite Nonotte, le jésuite Duplessis, l’ex-jésuite Malagrida ; mais cette espèce de fous devient fort rare de jour en jour.

À l’égard de la lycanthropie, c’est-à-dire des hommes métamorphosés en loups par des enchantements, il suffit qu’un jeune berger, ayant tué un loup et s’étant revêtu de sa peau, ait fait peur à de vieilles femmes, pour que la réputation du berger devenu loup se soit répandue dans toute la province, et de là dans d’autres. Bientôt Virgile dira (Ecl. viii, v. 97) :

His ego sæpe lupum fieri, et se condere silvis
Mœrim, sæpe animas imis exire sepulcris.

Mœris devenu loup se cachait dans les bois :
Du creux de leurs tombeaux j’ai vu sortir des âmes.

Voir un homme loup est une chose curieuse ; mais voir des âmes est encore plus beau. Des moines du Mont-Cassin ne virent-ils pas l’âme de saint Bénédict ou Benoît ? Des moines de Tours ne virent-ils pas celle de saint Martin ? Des moines de Saint-Denis ne virent-ils pas celle de Charles Martel ?


ENCHANTEMENTS POUR SE FAIRE AIMER.


Il y en eut pour les filles et pour les garçons. Les Juifs en vendaient à Rome et dans Alexandrie, et ils en vendent encore en Asie. Vous trouverez quelques-uns de ces secrets dans le Petit-Albert ;