Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome21.djvu/121

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MEMNON
OU
LA SAGESSE HUMAINE


(1750)



AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR[1].

Nous tromper dans nos entreprises,
C’est à quoi nous sommes sujets ;
Le matin je fais des projets,
Et le long du jour, des sottises.

Ces petits vers conviennent assez à un grand nombre de raisonneurs ; et c’est une chose assez plaisante de voir un grave directeur d’âmes finir par un procès criminel, conjointement avec un banqueroutier[2]. À ce propos, nous réimprimons ici ce petit conte, qui est ailleurs : car il est bon qu’il soit partout.



Memnon conçut un jour le projet insensé d’être parfaitement sage. Il n’y a guère d’hommes à qui cette folie n’ait quelquefois passé par la tête. Memnon se dit à lui-même : « Pour être très-sage, et par conséquent très-heureux, il n’y a qu’à être sans passions ; et rien n’est plus aisé, comme on sait. Premièrement, je

  1. Voltaire, dans la quatrième partie de ses Questions sur l’Encyclopédie, en 1771, avait un article : Confiance en soi-même, qui n’était autre chose que le conte de Memnon, précédé de quatre vers et de quelques lignes de prose, que les éditeurs de Kehl ont intitulés Avertissement de l’auteur.
  2. Billard, et l’abbé Grizel, fameux directeur de consciences. (K.) — Sur ces deux personnages, voyez la note des Stances à Saurin, tome VIII, page 536.