Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/223

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et leur abandonne sa maîtresse ou sa femme, dont ils jouissent toute la nuit, et qui en meurt le lendemain matin. Le lévite coupe sa concubine en douze morceaux avec son couteau, ce qui n’est pourtant pas une chose si aisée, et de là s’ensuit une guerre civile.

[1]Les onze tribus arment quatre cent mille soldats contre la tribu de Benjamin. Quatre cent mille soldats, grand Dieu ! dans un territoire qui n’était pas alors de quinze lieues de longueur sur cinq ou six de largeur. Le Grand Turc n’a jamais eu la moitié d’une telle armée. Ces Israélites exterminent la tribu de Benjamin, vieillards, jeunes gens, femmes, filles, selon leur louable coutume. Il échappe six cents garçons. Il ne faut pas qu’une des tribus périsse : il faut donner six cents filles au moins à ces six cents garçons. Que font les Israélites ? Il y avait dans le voisinage une petite ville nommée Jabès ; ils la surprennent, tuent tout, massacrent tout, jusqu’aux animaux, réservent quatre cents filles pour quatre cents Benjamites. Deux cents garçons restent à pourvoir ; on convient avec eux qu’ils raviront deux cents filles de Silo, quand elles iront danser aux portes de Silo. Allons, Abbadie, Sherlockh, Houteville et consorts, faites des phrases pour justifier ces fables de cannibales ; prouvez que tout cela est un type, une figure qui nous annonce Jésus-Christ.


CHAPITRE VIII.

DES MŒURS DES JUIFS SOUS LEURS MELCHIM OU ROITELETS, ET SOUS LEURS PONTIFES, JUSQU’À LA DESTRUCTION DE JÉRUSALEM PAR LES ROMAINS.

Les Juifs ont un roi malgré le prêtre Samuel, qui fait ce qu’il peut pour conserver son autorité usurpée[2] ; et il a la hardiesse de dire que c’est renoncer à Dieu que d’avoir un roi. Enfin, un pâtre

    on a l’insolence de plaindre les brames de l’Inde et les mages de Perse, à qui Dieu n’avait pas révélé ces choses, et qui n’étaient pas le peuple de Dieu ! et il se trouve encore parmi nous des âmes de boue assez lâches à la fois et assez impudentes pour nous dire : Croyez ces infamies, croyez, ou le courroux d’un Dieu vengeur tombera sur vous ; croyez, ou nous vous persécuterons, soit dans le consistoire, soit dans le conclave, soit à l’officialité, soit dans le parquet, soit à la buvette. Jusqu’à quand des coquins feront-ils trembler des sages ? (Note de Voltaire. 1771.) Quel est l’homme de bien qui ne se sente ému de tant d’horreurs ? et on les souffre ! que dis-je ? on les adore ! Que d’imbéciles, mais que de monstres ! (Id., 1776.)

  1. Juges, XX, 2. (Id.)
  2. I. Rois, chap. viii. (Id.)