Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/226

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ouverture, ses tétons et ses baisers sur la bouche, sont l’emblème, le type du mariage de Jésus-Christ avec son Église[1].

De tous les rois de Juda et de Samarie, il y en a très-peu qui ne soient assassins ou assassinés, jusqu’à ce qu’enfin ce ramas de brigands qui se massacraient les uns les autres dans les places publiques et dans le temple, pendant que Titus les assiégeait, tombe sous le fer, et dans les chaînes des Romains avec le reste de ce petit peuple de Dieu, dont dix douzièmes avaient été dispersés depuis si longtemps en Asie, et soit vendu dans les marchés des villes romaines, chaque tête juive étant évaluée au prix d’un porc, animal moins impur que cette nation même, si elle fut telle que ses historiens et ses prophètes le racontent.

Personne ne peut nier que les Juifs n’aient écrit ces abominations. Quand on les rassemble ainsi sous les yeux, le cœur se soulève. Ce sont donc là les hérauts de la Providence, les précurseurs du règne de Jésus ! Toute l’histoire juive, dites-vous, ô Abbadie ! est la prédiction de l’Église ; tous les prophètes ont prédit Jésus ; examinons donc les prophètes.


CHAPITRE IX.

DES PROPHÈTES.

Prophète, nabi, roëh, parlant, voyant, devin, c’est la même chose. Tous les anciens auteurs conviennent que les Égyptiens, les Chaldéens, toutes les nations asiatiques, avaient leurs prophètes, leurs devins. Ces nations étaient bien antérieures au petit peuple juif, qui, lorsqu’il eut composé une horde dans un coin de terre, n’eut d’autre langage que celui de ses voisins, et qui, comme on l’a dit ailleurs[2], emprunta des Phéniciens jusqu’au nom de Dieu Éloha, Jehova, Adonaï, Sadaï ; qui enfin prit tous les rites, tous les usages des peuples dont il était environné, en déclamant toujours contre ces mêmes peuples.

  1. On sait que les théologiens chrétiens font passer ce livre impudique pour une prédiction du mariage de Jésus-Christ avec son Église. Comme si Jésus prenait les tétons de son Église, et mettait la main à son ouverture ; et sur quoi cette belle explication est-elle fondée ? sur ce que Christus est masculin, et ecclesia féminin. Mais si, au lieu du féminin ecclesia, on s’était servi du mot masculin cœtus, conventus, que serait-il arrivé ? Quel notaire aurait fait ce contrat de mariage ? (Note de Voltaire.) — Les huit derniers mots de cette note ont paru, pour la première fois, dans les éditions de Kehl. Le reste est de 1771. (B.)
  2. Voyez tome XI, page 40 ; XX, 98 ; et XXIV, 441.