Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/266

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plus de milieu entre la nécessité de les exterminer, ou d’être bientôt exterminé par eux. Cependant telle fut l’indulgence du sénat qu’il y eut très-peu de condamnations à mort, comme l’avoue Origène dans sa réponse à Celse, au livre III.

Nous ne ferons pas ici une analyse des autres écrits de Tertullien : nous n’examinerons point son livre qu’il intitule le Scorpion, parce que les gnostiques piquent, à ce qu’il prétend, comme des scorpions ; ni son livre sur les manteaux, dont Malebranche s’est assez moqué. Mais ne passons pas sous silence son ouvrage sur l’âme : non-seulement il cherche à prouver qu’elle est matérielle, comme l’ont pensé tous les Pères des trois premiers siècles ; non-seulement il s’appuie de l’autorité du grand poëte Lucrèce,

Tangere enim ac tangi, nisi corpus, nulla potest res ;
(Lib. I, v. 305.)


mais il assure que l’âme est figurée et colorée : voilà les champions de l’Église ; voilà ses Pères. Au reste, n’oublions pas qu’il était prêtre et marié : ces deux états n’étaient pas encore des sacrements, et les évêques de Rome ne défendirent le mariage aux prêtres que quand ils furent assez puissants et assez ambitieux pour avoir, dans une partie de l’Europe, une milice qui, étant sans famille et sans patrie, fût plus soumise à ses ordres.


CHAPITRE XXIII.

DE CLÉMENT D’ALEXANDRIE.

Clément, prêtre d’Alexandrie, appelle toujours les chrétiens gnostiques. Était-il d’une de ces sectes qui divisèrent les chrétiens et qui les diviseront toujours ? ou bien les chrétiens prenaient-ils alors le titre de gnostiques ? Quoi qu’il en soit, la seule chose qui puisse instruire et plaire dans ses ouvrages, c’est cette profusion de vers d’Homère, et même d’Orphée, de Musée, d’Hésiode, de Sophocle, d’Euripide, et de Ménandre, qu’il cite à la vérité mal à propos, mais qu’on relit toujours avec plaisir. C’est le seul des Pères des trois premiers siècles qui ait écrit dans ce goût ; il étale, dans son Exhortation aux nations et dans ses Stromates, une grande connaissance des anciens livres grecs, et des rites asiatiques et égyptiens ; il ne raisonne guère, et c’est tant mieux pour le lecteur.