Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/409

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il n’a jamais cherché à persécuter personne : au contraire, il a écrit contre l’intolérance le livre le plus honnête[1], le plus circonspect, le plus chrétien, le plus rempli de piété, qu’on ait fait depuis Thomas Akempis. Mon oncle, quoique un peu enclin à la raillerie, était pétri de douceur et d’indulgence. Il fit plusieurs pièces de théâtre dans sa jeunesse, tandis que l’évêque Warburton ne pouvait que commenter des comédies. Mon oncle, quand on sifflait ses pièces, sifflait comme les autres. Si Warburton a fait imprimer Guillaume Shakespeare avec des notes, l’abbé Bazin a fait imprimer Pierre Corneille aussi avec des notes[2]. Si Warburton gouverne une église, l’abbé Bazin en a fait bâtir une qui n’approche pas à la vérité de la magnificence de M. Lefranc de Pompignan[3], mais enfin qui est assez propre. En un mot, je prendrai toujours le parti de mon oncle.



CHAPITRE XVI.
conclusion des chapitres précédents.

Tout le monde connaît cette réponse prudente d’un cocher à un batelier : « Si tu me dis que mon carrosse est un belître, je te dirai que ton bateau est un maraud. » Le batelier qui a écrit contre mon oncle a trouvé en moi un cocher qui le mène grand train. Ce sont là de ces Honnêtetés littéraires[4] dont on ne saurait fournir trop d’exemples pour former les jeunes gens à la politesse et au beau ton. Mais je préfère encore au beau discours de ce cocher l’apophthegme de Montaigne : « Ne regarde pas qui est le plus savant, mais qui est le mieux savant[5]. » La science ne consiste pas à répéter au hasard ce que les autres ont dit ; à coudre à un passage hébreu qu’on n’entend point un passage grec qu’on entend mal ; à mettre dans un nouvel in-12 ce qu’on a trouvé dans un vieil in-folio ; à crier :

Nous rédigeons au long, de point en point,
Ce qu’on pensa ; mais nous ne pensons point[6].

  1. Traité sur la Tolérance : voyez tome XXV, page 13.
  2. Le Théâtre de P. Corneille avec des commentaires, 1764, douze volumes in-8°.
  3. Voyez la Lettre de M. de L’Écluse, tome XXIV, page 457.
  4. Voyez page 115.
  5. Voyez ci-dessus, page 390.
  6. Ces vers sont de Voltaire ; voyez, tome VIII, le Temple du Goût.