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DES ÉGLISES DE POLOGNE. 465

suffit que le noble soit brave au combat, et juste au conseil; qu'ils sont tous nés libres, et que la liberté de conscience est la première des libertés, sans laquelle celui qu'on appelle libre serait esclave ; qu'on doit juger d'un homme non par ses dogmes, mais par sa conduite ; non par ce qu'il pense, mais par ce qu'il fait ; et qu'enfin l'Évangile, qui ordonne d'obéir aux puissances païennes, n'ordonne certainement pas de dépouiller les législateurs chrétiens de leurs droits, sous prétexte qu'ils sont autrement chrétiens qu'on ne l'est à Rome. » Ils fortifiaient toutes ces raisons par la sanction des lois, et par les garanties protectrices de ces lois sacrées.

On ne leur opposa qu'une seule raison, c'est qu'ils réclamaient l'égalité, et que bientôt ils affecteraient la supériorité ; qu'ils étaient mécontents, et qu'ils troubleraient une république déjà trop orageuse. Ils répondaient : « Nous ne l'avons pas troublée pendant cent années : mécontents, nous sommes vos ennemis ; contents, nous sommes vos défenseurs. »

Les puissances garantes de la paix d'Oliva prenaient hautement leur parti, et écrivaient des lettres pressantes en leur faveur. Le roi de Prusse se déclarait pour eux. Sa recommandation était puissante, et devait avoir plus d'effet que celle de la Suède sur les esprits, puisqu'il donnait dans ses États des exemples de tolérance que la Suède ne donnait pas encore 1. Il faisait bâtir une église aux catholiques romains de Berlin sans les craindre, sachant bien qu'un prince victorieux, philosophe, et armé, n'a rien à redouter d'aucune religion. Le jeune roi de Danemark, né bienfaisant, et son sage ministère, parlaient hautement.

Mais de tous les potentats nul ne se signala avec autant de grandeur et d'efficace que l'impératrice de Russie. Elle prévit une guerre civile en Pologne, et elle envoya la paix avec une armée. Cette armée n'a paru que pour protéger les dissidents en cas qu'on voulût les accabler par la force. On fut étonné de voir une armée russe vivre au milieu de la Pologne avec beaucoup plus de discipline que n'en eurent jamais les troupes polonaises. Il n'y a pas eu le plus léger désordre. Elle enrichissait le pays au lieu de le dévaster ; elle n'était là que pour protéger la tolérance : il fallait que ces troupes étrangères donnassent l'exemple de la sagesse, et elles le donnèrent. On eût pris cette armée pour une diète assemblée en faveur de la liberté.

Les politiques ordinaires s'imaginèrent que l'impératrice ne voulait que profiter des troubles de la Pologne pour s'agrandir.

1. Elle les a donnés depuis. (K.)" 26. — Mélanges. V. 30