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SUR SWIFT. 489

��DE. THOMAS CHUBT. •.

��Thomas Chubb est un philosophe formé par la nature. La sub- tihté de son génie, dont il abusa, lui fit embrasser non-seulement le parti des sociniens, qui ne regardent Jésus-Christ que comme un homme, mais enfin celui des théistes rigides, qui reconnaissent un Dieu et n'admettent aucun mystère. Ses égarements sont méthodiques : il voudrait réunir tous les hommes dans une reli- gion qu'il croit épurée parce qu'elle est simple. Le mot de chris- tianisme est à chaque page dans ses divers ouvrages, mais la chose ne s'y trouve pas. 11 ose penser que Jésus-Christ a été de la religion de Thomas Chubb; mais il n'est pas de la religion de Jésus-Christ. Un abus perpétuel des mots est le fondement de sa persuasion. Jésus-Christ a dit : Aimez Dieu et votre prochain, voilà toute la loi, voilà tout l'homme. Chubb s'en tient à ces paroles; il écarte tout le reste. Notre Sauveur lui paraît un phi- losophe comme Socrate, qui fut mis à mort comme lui pour avoir combattu les superstitions et les prêtres de son pays. D'ailleurs il a écrit avec retenue, il s'est toujours couvert d'un voile. Les obscurités dans lesquelles il s'enveloppe lui ont donné plus de réputation que de lecteurs.

��LETTRE y.

SLR SWIFT 2.

Il est vrai, monseigneur, que je ne vous ai point parlé de Swift ; il mérite un article à part : c'est le seul écrivain anglais de ce genre qui ait été plaisant. C'est une chose bien étrange que les deux hommes à qui on doit le plus reprocher d'avoir osé tourner la religion chrétienne en ridicule aient été deux prêtres ayant charge d'àmes, Rabelais fut curé de Meudon, et Swift fut doyen de la cathédrale de Dublin : tous deux lancèrent plus de sarcasmes contre le christianisme que Molière n'en a prodigué contre la médecine, et tous deux vécurent et moururent paisibles, tandis

��1. Xé en 1679,. mort en 17i7.

'1. Voltaire avait déjà parlé de Swift (voyez tome XXII, page 175), à qui il avait adressé quelques lettres en 1727 et 17'?8.

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