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SUR LES ALLEMANDS. 491

Martin et Jean, c'est-à-dire le pape, Luther et Calvin, L'auteur fait faire plus d'extravagances à ses trois héros que Cervantes n'en attribue à son don Quichotte, etl'Arioste à son Roland ; mais milord Pierre est le plus maltraité des trois frères. Le livre est très-mal traduit en français ; il n'était pas possible de rendre le comique dont il est assaisonné. Ce comique tombe souvent sur des querelles entre l'Église anglicane et la presbytérienne, sur des usages, sur des aventures que l'on ignore en France, et sur des jeux de mots particuliers à la langue anglaise. Par exemple, le mot qui signifie une bulle du pape en français, signifie aussi en anglais un bœuf {hull). C'est une source d'équivoques et de plai- santeries entièrement perdues pour un lecteur français.

Swift était bien moins savant que Rabelais ; mais son esprit est plus fin et plus délié : c'est le Rabelais de la bonne compagnie ^ Les lords Oxford et Bolingbroke firent donner le meilleur béné- fice d'Irlande, après Farchevêché de Dublin, à celui qui avait couvert la religion chrétienne de ridicule, et Abbadie, qui avait écrit en faveur de cette religion un livre auquel on prodiguait les éloges, n'eut qu'un malheureux petit bénéfice de village; mais il est à remarquer que tous deux sont morts fous.

��LETTRE VI.

SUR LES ALLEMANDS.

Monseigneur,

Votre Allemagne a eu aussi beaucoup de grands seigneurs et de philosophes accusés d'irréligion. Votre célèbre Corneille Agrippa, au xvi^ siècle, fut regardé, non-seulement comme un sorcier, mais comme un incrédule. Cela est contradictoire : car un sorcier croit en Dieu, puisqu'il ose mêler le nom de Dieu dans toutes ses conjurations; un sorcier croit au diable, puisqu'il se donne au diable. Chargé de ces deux calomnies comme Apulée, Agrippa fut bien heureux de n'être qu'en prison, et de ne mourir qu'à l'hôpital. Ce fut lui qui, le premier, débita que le fruit défendu dont avaient mangé Adam et Eve était la jouissance de l'amour, à laquelle ils s'étaient abandonnés avant d'avoir reçu de Dieu la bénédiction nuptiale. Ce fut encore lui qui, après avoir

\. Voyez tome XIV, page 560; XXII, 174.

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