Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/513

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


lainvilliers, les Boulanger, les Meslier, le savant Fréret, le dialecticien Dumarsais, l’intempérant La Métrie, et bien d’autres, ont attaqué la religion chrétienne avec autant d’acharnement que les Porphyre, les Celse, et les Julien.

J’ai souvent recherché ce qui pouvait déterminer tant d’écrivains modernes à déployer cette haine contre le christianisme. Quelques-uns m’ont répondu que les écrits des nouveaux apologistes de notre religion les avaient indignés ; que si ces apologistes avaient écrit avec la modération que leur cause devait leur inspirer, on n’aurait pas pensé à s’élever contre eux ; mais que leur bile donnait de la bile ; que leur colère faisait naître la colère ; que le mépris qu’ils affectaient pour les philosophes excitait le mépris ; de sorte qu’enfin il est arrivé entre les défenseurs et les ennemis du christianisme ce qu’on avait vu entre toutes les communions : on a écrit de part et dautre avec emportement ; on a mêlé les outrages aux arguments.

DE MADEMOISELLE HUBER.

Mlle Huber était une femme de beaucoup d’esprit, et sœur de l’abbé Huber, très-connu de monseigneur votre père. Elle s’associa avec un grand métaphysicien pour écrire, vers l’an 1740, le livre intitulé la Religion essentielle à l’homme[1]. Il faut convenir que malheureusement cette religion essentielle est le pur théisme, tel que les noachides le pratiquèrent avant que Dieu eût daigné se faire un peuple chéri dans les déserts de Sinaï et d’Horeb, et lui donner des lois particulières. Selon Mlle Huber et son ami, la religion essentielle à l’homme doit être de tous les temps, de tous les lieux et de tous les esprits. Tout ce qui est mystère est au-dessus de l’homme, et n’est pas fait pour lui ; la pratique des vertus ne peut avoir aucun rapport avec le dogme. La religion essentielle à l’homme est dans ce qu’on doit faire, et non dans ce qu’on ne peut comprendre. L’intolérance est à la religion essentielle ce que la barbarie est à l’humanité, la cruauté à la douceur. Voilà le précis de tout le livre. L’auteur est très-abstrait : c’est une suite de lemmes et de théorèmes qui répandent quelquefois plus d’obscurité que de lumières. On a peine à suivre cette marche. Il est étonnant qu’une femme ait écrit en géomètre sur une ma-

  1. Lettres sur la religion essentielle à l’homme, distinguée de ce qui n’en est que l'accessoire, 1738, deux parties in-8°. Barbier, dans son Dictionnaire des anonymes, ne nomme pas le métaphysicien que Voltaire donne pour collaborateur à Mlle Huber.