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506 LETTRE

le juger. Certainement il ne doit pas être mis au nombre des atliéistes.

DE FRÉRETI.

Ll llustre et ])rofon d Fréret était secrétaire perpétuel de l'Acadé- mie des belles-lettres de Paris. Il avait fait dans les langues orien- tales, et dans les ténèbres de l'antiquité, autant de progrès qu'on en peut faire. En rendant justice à son i mmense é rudition et a sa probité, je ne prétends point excuser son hétérodoxie. Non-seulement il était persuadé avec saint Irénée que Jésus était âgé de plus de cinquante ans quand il soulfrit le dernier sup- plice, mais il croyait avec le Targum que Jésus n'était point né du temps d'Hérode, et qu'il faut rapporter sa naissance au temps du petit roi Jannée, fils d'Hircan. Les Juifs sont les seuls qui aient eu cette opinion singulière; M. Fréret tâchait de l'appuyer, en prétendant que nos Évangiles n'ont été écrits que plus de qua- rante ans après l'année où nous plaçons la mort de Jésus ; qu'ils n'ont été faits qu'en des langues étrangères, et dans des villes très- éloignées de Jérusalem, comme Alexandrie, Corinthe, Éphèse, Antioche, Ancyre, Thessalonique : toutes villes d'un grand com- merce, remplies de thérapeutes, de disciples de Jean, de judaïques, de gahléens divisés en plusieurs sectes. De là vient, dit-il, qu'il y eut un très-grand nombre d'Évangiles tout différents les uns des autres, chaque société particulière et cachée voulant avoir le sien. Fréret prétend que les quatre qui sont restés canoniques ont été écrits les derniers. Il croit en rapporter des preuves incontestables : c'est que les premiers Pères de l'Église citent très-souvent des paroles qui ne se trouvent que dans l'Évangile des Égyptiens, ou dans celui des Nazaréens, ou dans celui de saint Jacques, et que Justin est le premier qui cite expressément les Évangiles reçus.

Si ce dangereux système était accrédité, il s'ensuivrait évi- demment que les livres intitulés de Matthieu, de Jean, de Marc, et de Luc, n'ont été écrits que vers le temps de l'enfance de Justin; environ cent ans après notre ère vulgaire. Cela seul renverserait de fond en comble notre religion. Les mahométans qui virent

��1. On avait imprimé, sous le nom de Fréret, V Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, 1766, in-S". Voltaire parle de ce livre dans ses lettres à Damilaville et à d'Alembert, du 13 juin 1766; à d'Argental, du 22 juin 1766, et dans quelques autres. Dans celle à d'Alembert, du 31 décembre 1768, il dit: « Je sais très-bien quel est l'auteur du livre attribué à Fréret, et e lui garde une fidélité inviolable. » Barbier attribue l'ouvrage à Lévesque de Burigny, l'un des> correspondants de Voltaire. (B.)

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