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522 LETTRE

Il fit imprimer cette aventure dans un petit livre que nous avons encore, et c'est là qu'il professe n'être ni juif, ni chrétien, ni maliométan, mais adorateur d'un Dieu. Son petit livre est in- titulé Exemplaire de la vie humaine. Le même Limborcli réfuta Uriel Acosta, comme il avait réfuté Orobio, et le magistrat d'Ams- terdam ne se mêla en aucune manière de ces querelles.

��LETTRE X.

SUR SPIXOSA.

Monseigneur,

11 me semble qu'on a souvent aussi mal jugé la personne de Spinosa que ses ouvrages. Voici ce qu'on dit de lui dans deux Dictionnaires historiques * :

« Spinosa avait un tel désir de s'immortaliser qu'il eût sa- crifié volontiers à cette gloire la vie présente, eût-il fallu être mis en pièces par un peuple mutiné... Les absurdités du spinosisme ont été parfaitement réfutées... par Jean Bredembourg, bourgeois de Rotterdam. »

Autant de mots, autant de faussetés. Spinosa était précisément le contraire du portrait qu'on trace de lui. On doit détester son athéisme, mais on ne doit pas mentir sur sa personne. Jamais homme ne fut plus éloigné en tout sens de la vaine gloire, il le faut avouer; ne le calomnions pas en le condamnant. Le ministre Colerus, qui habita longtemps la propre chambre- où Spinosa mourut, avoue, avec tous ses contemporains, que Spinosa vécut toujours dans une profonde retraite, cherchant à se dérober au monde, ennemi de toute superfliiité, modeste dans la conversa- tion, négligé dans ses habillements, travaillant de ses mains, ne mettant jamais son nom à aucun de ses ouvrages : ce n'est pas là le caractère d'un ambitieux de gloire.

A l'égard de Bredembourg, loin de le réfuter parfaitement bien, j'ose croire qu'il le réfuta parfaitement mal : j'ai lu cet ou- vrage, et j'en laisse le jugement à quiconque comme moi aura la patience de le lire, Bredembourg fut si loin de confondre net-

1. Dans le Dictionnaire de Ladvocat on trouve textuellemont le passage cité par Voltaire. Dans celui de Barrai (voyez la note 3, tome XVHI, page 351) on lit : « Cet impie avait un désir extrême d'immortaliser son nom par son athéisme, et il eût sacrifié volontiers la vie présente à cette vanité dangereuse. »

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