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DES CHALDÉENS.

parce qu’ils sont obligés par serment de garder le secret... Il me pria enfin de lui apprendre les principaux mystères de la religion chrétienne, me promettant de n’en parler jamais... Je lui expliquai seulement avec soin cette parole de Jésus-Christ, qui contient un abrégé de notre foi : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé[1]. »

Cette lettre est bien plus curieuse que ne le croit Warburton, qui l’a falsifiée. Premièrement, on y voit que les brachmanes adorent un Dieu suprême, et ne sont point idolâtres. Secondement, la formule de prière des brachmanes est admirable. Troisièmement, la formule que lui oppose Xavier ne fait rien à la question, et est très-mal appliquée. Le brachmane dit qu’il faut adorer ; l’autre répond qu’il faut croire, et il ajoute qu’il faut être baptisé. La religion du brachmane est celle du cœur, celle de l’apôtre convertisseur est la religion des cérémonies ; et de plus, il fallait que ce convertisseur fût bien ignorant pour ne pas savoir que le baptême était un des anciens usages des Indes[2], et qu’il a précédé le nôtre de plusieurs siècles. On pourrait dire que c’était au brachmane à convertir Xavier, et que ce Xavier ne devait pas réussir à convertir le brachmane.

Plus nous avancerons dans la connaissance des nations qui peuplent la terre, plus nous verrons qu’elles ont presque toutes un Dieu suprême. Nous fîmes la paix, il y a deux ans[3] dans la Caroline avec les Chiroquois ; leur chef, que nous appelons le petit Carpenter, dit au colonel Grant ces propres mots : « Les Anglais sont plus blancs que nous ; mais un seul Dieu est notre commun père ; le Tout-Puissant a créé tous les peuples, il les aime également. »

Que le discours du petit Carpenter est au-dessus des dogmatiques barbares et impies qui ont dit : « Il n’y a qu’un peuple choisi qui puisse plaire à Dieu ! »


CHAPITRE VII.
Des Chaldéens.

On n’est pas assez étonné des dix-neuf cent trois ans d’observations astronomiques que les Chaldéens remirent entre les mains d’Alexandre.

  1. Marc, xvi, 16.
  2. Voyez tome XVII, page 539.
  3. C’était en 1760 ; ainsi l’auteur écrivait en 1762. (Note de Voltaire.) — Voltaire antidate son ouvrage à dessein : l’ouvrage est de 1769.