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CHAPITRE X.

Mais les pyramides sont d’une antiquité si reculée qu’elle est inconnue ! Mais Thaut donna des lois à l’Égypte huit cents ans avant Sanchoniathon qui vivait longtemps avant l’irruption des Juifs dans la Palestine ! Mais les Grecs et les Romains ont révéré les antiquités d’Égypte ! Oui, tout cela prouve que le gouvernement égyptien est beaucoup plus ancien que les nôtres. Mais ce gouvernement était moderne en comparaison des peuples asiatiques.

Je compte pour rien quelques malheureux qui vivaient entre les rochers qui bordent le Nil, de même que je ne fais aucune mention des barbares, nos prédécesseurs, qui habitèrent si longtemps nos forêts sauvages avant d’être policés. Une nation n’existe que quand elle a des lois et des arts. L’état de sauvage est un état de brute. L’Égypte civilisée est donc très-moderne. Elle l’est au point qu’elle prit des Phéniciens le nom d’Iaho, nom cabalistique que les prêtres donnaient à Dieu.

Mais sans entrer dans ces discussions ténébreuses, bornons-nous à notre sujet, qui est de chercher si toutes les grandes nations reconnaissent un Dieu suprême. Il est incontestable que cette doctrine était le fondement de toute la théologie égyptienne. Cela se prouve par ce nom même ineffable d’Iaho, qui signifiait l’Éternel ; par ce globe qui était posé sur la porte des temples, et qui représentait l’unité du grand Être sous le nom de Knef. On le prouve surtout par ce qui nous est resté des mystères d’Isis, et par cette ancienne formule conservée dans Apulée : « Les puissances célestes te servent, les enfers te sont soumis, l’univers tourne sous ta main, tes pieds foulent le Tartare, les astres répondent à ta voix, les saisons reviennent à tes ordres, les éléments t’obéissent. » (Apul., Metam., xi.)

Jamais l’unité d’un Dieu suprême n’a été plus fortement énoncée ; et pourquoi dit-on dans cette formule que les puissances célestes obéissent, que les astres répondent à la voix du grand Être ? C’est que les astres, les génies supposés répandus dans l’espace, étaient regardés comme des dieux secondaires, des êtres supérieurs à l’homme et inférieurs à Dieu : doctrine familière à tout l’Orient, doctrine adoptée enfin en Grèce et en Italie.

Pour l’immortalité de l’âme, personne n’a jamais douté que ce ne fut un des deux grands principes de la religion d’Égypte. Les pyramides l’attestent assez. Les grands du pays ne se faisaient élever ces tombeaux si durables, et on n’embaumait leurs corps[1]

  1. Voltaire paraît n’avoir pas toujours eu cette idée : voyez tome XX, page 364.