Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome28.djvu/167

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pour ses opinions. Il n’a point à se reprocher de ciguë. La tolérance la plus universelle fut son partage. Ces sages conquérants assiégeaient-ils une ville, ils priaient les dieux de la ville de vouloir bien passer dans leur camp. Dès qu’elle était prise, ils allaient sacrifier dans le temple des vaincus. C’est ainsi qu’ils méritèrent de commander à tant de nations.

On ne les vit point égorger les Toscans pour réformer l’art des aruspices, qu’ils tenaient d’eux. Personne ne mourut à Rome pour avoir mal parlé des poulets sacrés. Les Égyptiens, couverts de mépris, eurent à Rome un temple d’Isis ; les Juifs, plus méprisés encore, y eurent des synagogues après leurs sanglantes rébellions. Le peuple conquérant était le peuple tolérant.

Il faut avouer qu’il ne traita mal les chrétiens qu’après que ces nouveaux venus eurent déclaré hautement, et à plusieurs reprises, qu’ils ne pouvaient souffrir d’autre culte que le leur. C’est ce que nous ferons voir évidemment quand nous en serons à l’établissement du christianisme.

Commençons par examiner la religion juive, dont le christianisme et le mahométisme sont sortis.


CHAPITRE XIV.
Des Juifs et de leur origine.


Toutes les nations (excepté toujours les Chinois) se vantent d’une foule d’oracles et de prodiges ; mais tout est prodige et oracle dans l’histoire juive, sans exception. On a tant écrit sur cette matière qu’il ne reste plus rien à découvrir. Nous ne voulons ni répéter tous ces miracles continuels, ni les combattre ; nous respectons la mère de notre religion. Nous ne parlerons du merveilleux judaïque qu’autant qu’il pourra servir à établir les faits. Nous examinerons cette histoire comme nous ferions celle de Tite-Live ou d’Hérodote. Cherchons, par les seules lumières de la raison, ce qu’étaient les Juifs, d’où ils venaient quand leur religion fut fixée, quand ils écrivirent ; instruisons-nous, et tâchons de ne pas scandaliser les faibles : ce qui est bien difficile quand on veut dire la vérité.

Nous ne trouvons guère plus de lumière chez les étrangers, sur le petit peuple hébreu, que nous n’en trouvons sur les Francs, sur les Irlandais, et sur les Basques. Tous les livres égyptiens ont péri, leur langue a eu le même sort. Nous n’avons plus les