Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome28.djvu/176

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de Joachim. Il fit crever les yeux à Sédécias, fit mourir ses enfants, brûla Jérusalem, abattit les murailles ; toute la nation fut emmenée esclave dans les États du roi de Babylone.

Il est vrai que toutes ces aventures sont racontées, dans le livre des Rois[1] et dans celui des Paralipomènes[2], de la manière la plus confuse et la plus contradictoire. Si on voulait concilier toutes les contradictions des livres juifs, il faudrait un volume beaucoup plus gros que la Bible. Remarquons seulement que ces contradictions sont une nouvelle preuve que rien ne fut clairement établi chez cette nation.

Il est démontré, autant qu’on peut démontrer en histoire, que la religion des Juifs ne fut, du temps de leur vie errante et du temps de leurs rois, qu’un ramas confus et contradictoire des rites de leurs voisins. Ils empruntent les noms de Dieu chez les Phéniciens ; ils prennent les anges chez les Persans ; ils ont l’arche errante des Arabes ; ils adoptent le baptême des Indiens, la circoncision des prêtres d’Égypte, leurs vêtements, leur vache rousse, leurs chérubins, qui ont une tête de veau et une tête d’épervier, leur bouc Hazazel, et cent autres cérémonies. Leur loi (en quelque temps qu’elle ait été écrite) leur défend expressément[3] tout ouvrage de sculpture, et leur temple en est rempli. Leur roi Salomon, après avoir consulté le Seigneur, place douze figures de veau au milieu du temple, et des chérubins à quatre têtes dans le sanctuaire, avec un serpent d’airain. Tout est contradictoire ; tout est inconséquent chez eux, ainsi que dans presque toutes les nations. C’est la nature de l’homme ; mais le peuple de Dieu l’emporte en cela sur tous les hommes.

Les Juifs changèrent toujours de rites jusqu’au temps d’Esdras et de Néhémie ; mais ils ne changèrent jamais de mœurs, de leur propre aveu. Voyons en peu de mots quelles sont ces mœurs, après quoi nous examinerons quelle fut leur religion au retour de Babylone.


CHAPITRE XVIII.
Mœurs des Juifs.


Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer ici à ce que dit milord Bolingbroke des mœurs antiques de ce peuple dans les

  1. Livre IV.
  2. Livre II.
  3. Exode, xx, 4, 25.