Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome28.djvu/253

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Comme parmi vous il y a nécessairement beaucoup de gens qui n’ont ni le don de la parole, ni le don de la pensée, il faut qu’ils se défassent du sot amour-propre de débiter de mauvais discours, et qu’ils cessent d’ennuyer les chrétiens. Il faut qu’ils lisent au peuple les beaux discours de Tillotson, de Smalridge, et de quelques autres ; le nombre en est très-petit. Addison et Steele vous l’ont déjà conseillé.

C’est une très-bonne institution de se rassembler une fois par mois, ou même, si l’on veut, une fois par semaine, pour entendre une exhortation à la vertu. Mais qu’un discours moral ne soit jamais une métaphysique absurde, encore moins une satire, et encore moins une harangue séditieuse.

Dieu nous préserve de bannir le culte public ! On a osé nous en accuser : c’est une imposture atroce. Nous voulons un culte pur. Nous commençâmes depuis deux siècles et demi à nettoyer les temples qui étaient devenus les écuries d’Augias ; nous en avons ôté les toiles d’araignée, les chiffons pourris, les os de morts, que Rome nous avait envoyés pour infecter les nations. Achevons un si noble ouvrage.

Oui, nous voulons une religion, mais simple, sage, auguste, moins indigne de Dieu, et plus faite pour nous; en un mot, nous voulons servir Dieu et les hommes.

AXIOMES.

Nulle société ne peut subsister sans justice ; annonçons donc un Dieu juste.

Si la loi de l’État punit les crimes connus, annonçons donc un Dieu qui punira les crimes inconnus.

Qu’un philosophe soit spinosiste s’il veut, mais que l’homme d’État soit théiste.

Vous ne savez pas ce que c’est que Dieu, comment il punira, comment il récompensera ; mais vous savez qu’il doit être la souveraine raison, la souveraine équité : c’en est assez. Nul mortel n’est en droit de vous contredire, puisque vous dites une chose probable et nécessaire au genre humain.

Si vous défiguriez cette probabilité consolante et terrible par des fables absurdes, vous seriez coupable envers la nature humaine.

Ne dites point qu’il faut tromper les hommes au nom de Dieu : ce serait le discours d’un diable, s’il y avait des diables.

Quiconque ose dire : Dieu m’a parlé, est criminel envers Dieu