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342 REQUÊTE

ment! Mais c'est souvent dans le moment où la culture de la terre nous appelle. On fait périr nos moissons pour embellir des grands chemins, larges de soixante pieds, tandis que vingt pieds suffiraient^. Ces routes fastueuses et inutiles ôtent au royaume une grande partie de son meilleur terrain, que nos mains culti- veraient avec succès.

On nous dépouille de nos champs, de nos vignes, de nos prés : on nous force de les changer en chemins de plaisance ; on nous arrache à nos charrues pour travailler à notre ruine, et l'unique prix de ce travail est de voir passer sur nos héritages les carrosses de l'exacteur de la province, de l'évêque, de l'ahbé, du financier, du grand seigneur, qui foulent aux pieds de leurs che- vaux le sol qui servit autrefois à notre nourriture.

Tous ces détails des calamités accumulées sur nous ne sont pas aujourd'hui l'objet de nos plaintes. Tant qu'il nous restera des forces nous travaillerons : il faut ou mourir, ou prendre ce parti.

C'est aujourd'hui la permission de travailler pour vivre, et pour vous faire vivre, que nous vous demandons. Il s'agit de la quadragésime et des fêtes.

��PREMIERE PARTIE.

Di: CAREME -.

Tous nos jours sont des jours de peine. L'agriculture demande nos sueurs pendant la quadragésime comme dans les autres sai- sons. Notre carême est de toute l'année. Est-il quelqu'un qui ignore que nous ne mangeons presque jamais de viande ? Hélas ! il est prouvé que si chaque personne en mangeait, il n'y en aurait pas quatre livres par mois pour chacune. Peu d'entre nous ont la consolation d'un bouillon gras dans leurs maladies. On nous déclare que, pendant le carême, ce serait un grand crime de manger un morceau de lard rance avec notre pain bis. Nous savons même qu'autrefois, dans quelques provinces, les juges condamnaient au dernier supplice ceux qui, pressés d'une faim dévorante, auraient mangé en carême un morceau de cheval ou

��1. Les grands chemins des Romains n'en avaient que quinze, et ils subsistent encore. {Note de Voltaire.) — La largeur des chemins a été réduite dans de justes bornes par un arrêt du conseil des premiers mois de 1776. (K.)

2. Voyez aussi l'article Carême, tome XVIII, page 53

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