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AU ROI, EN SON CONSEIL. 353

serfs. Les droits qu'ils devaient aux seigneurs se seraient trouvés souvent au-dessous de celui qui aurait été établi d'après le projet. D'ailleurs il semble que l'on doit laisser aux communautés la liberté d'accepter ou non l'affran- chissement, en offrant en même temps à chaque particulier le moyen de s'affranchir lorsqu'il le voudra.

Dans l'édit de 1778, le roi s'est borné à rendre la liberté aux serfs de ses domaines : la loi ne s'est pas même étendue aux biens ecclésiastiques, quelque évident que soit le droit du souverain sur ces biens, et, en exhor- tant les seigneurs à suivre l'exemple généreux donné par le prince, on n'a point autorisé ceux dont les terres sont substituées à faire, sinon cet aban- don, du moins un échange avec leurs vassaux.

L'affaire des moines de Saint-Claude avait deux objets totalement dis- tincts : l'un était d'obtenir de l'autorité du roi l'abolition de la servitude, l'autre de prouver que le prétendu droit des moines, étant fondé sur des titres faux, devait être détruit. Les habitants n'ont réussi ni dans l'une ni dans l'autre de ces demandes. L'éloquence et le zèle de M. de Voltaire ont été inutiles : la servitude subsiste encore au pied du Mont-Jura. Et tandis que le petit-fils de Henri IV a déclaré qu'il ne voulait plus avoir que des honmies libres dans ses domaines, ni ses exhortations, ni son exemple, n'ont pu résoudre les gentilshommes ^ qui ont eu l'humilité de succéder aux moines de Saint-Claude à renoncer à l'oriiueil d'avoir des esclaves-.

��AU ROI

EN SON CONSEIL,

POUR LES SUJETS DU ROI QUI RÉCLAMENT LA LIBERTÉ EiN FRANCE;

CONTRE DES MOINES BÉNÉDICTINS DEVENUS CHANOINES DE SAINT-CLALDE EN FRANCHE-COMTÉ'.

Les chanoines de Saint-Claude ^ près du Mont-Jura, dans la Franche-Comté, sont originairement des moines hénédictins,

1. C'était Moira do Maillac, chanoine, comte de Saint-Claude, qui avait été chargé par son chapitre de soutenir le procès. (B.)

2. Les serfs du Mont-Jura ne furent affranchis qu'à la Révolution.

3. Voici le premier des écrits de Voltaire pour les serfs du Mont-Jura; on trou- vera par la suite plusieurs autres écrits sur le même sujet : la Nouvelle liequête, septembre 1770; la Coutume de Franche-Comté, et la Supplique des serfs de Saint- Claude, qui sont de 1771; la Voix du curé, de 1772; l'Extrait d'un mémoire, de 1775, et la Supplique à Turgot, de l'année suivante. On peut regarder comme relatifs au même sujet la Lettre du li. /*. Polycarpe, et la Lettre d'un bénédictin de Franche-Comté. Le dernier écrit de Voltaire à ce sujet est une Requête, de 1777. (B.)

4. Ils étaient au nombre de vingt, et prenaient le titre de comte.

28. — MÉLANGES. Vn. 23

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