Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome29.djvu/218

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que des milliers de puissances célestes avaient été changées en vaches et en hommes. Le peuple révère et chérit dans sa vache consacrée la nature céleste et la nature humaine. Si nous nous abandonnions aux conjectures, nous pourrions penser que le culte de la vache indienne est devenu dans l’Égypte le culte du bœuf. Notre idée serait toujours fondée sur l’impossibilité physique et démontrée[1] que l’Égypte ait été peuplée avant l’Inde. Mais il se pourrait très-bien que les prêtres de l’Inde et ceux d’Égypte eussent été également ridicules, sans rien imiter les uns des autres.

La doctrine, la pureté, la sobriété, la justice des anciens brachmanes s’est donc perpétuée dans cet asile. Il serait bien à souhaiter que M. Holwell y eût séjourné plus longtemps. Il serait entré dans plus de détails ; il aurait achevé ce tableau, si utile au genre humain, dont il nous a donné l’esquisse. Tous les Anglais avouent que si les brames de Calcutta, de Madras, de Masulipatan, de Pondichéry, liés d’intérêt avec les étrangers, en ont pris tous les vices, ceux qui ont vécu dans la retraite ont tous conservé leur vertu. À plus forte raison ceux de Vishnapor, séparés du reste du monde, ont dû vivre dans la paix de l’innocence, éloignés des crimes qui ont changé la face de l’Inde, et dont le bruit n’a pas été jusqu’à eux. Il en a été des brames comme de nos moines : ceux qui sont entrés dans les intrigues du monde, qui ont été confesseurs des princes et de leurs maîtresses[2], ont fait beaucoup de mal. Ceux qui sont restés dans la solitude ont mené une vie insipide et innocente.


ARTICLE XXXVI.


DES PROVINCES ENTRE LESQUELLES l’EMPIRE DE l’INDE ÉTAIT PARTAGÉ VERS L’AN 1770, ET PARTICULIÈREMENT DE LA RÉPUBLIQUE DES SEÏKES.


Si toutes les nations de la terre avaient pu ressembler aux Pensylvaniens, aux habitants de Vishnapor, aux anciens Gangarides, l’histoire des événements du monde serait courte ; on n’étudierait que celle de la nature. Il faut malheureusement quitter la contemplation du seul pays de notre continent où l’on dit

  1. Voyez tome XI, pages 59, 186 ; et ci-dessus, page 105.
  2. Voyez l’Histoire des confesseurs des empereurs, des rois, et d’autres princes, par H. Grégoire, ancien évêque de Blois, 1824, in-8°. (Cl.)