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FRAGMENTS HISTORIQUES


SUR L’INDE


ET


SUR LE GÉNÉRAL LALLY


(JUIN-DÉCEMBRE) 1773



AVERTISSEMENT DE BEUCHOT.

Les trente-six articles dont se composent ces Fragments historiques n’ont pas été publiés en même temps pour la première fois. Les vingt premiers, dont l’auteur s’occupait en juin 1773 (voyez sa lettre à d’Argental, du 28 juin), étaient imprimés en auguste, et envoyés à Paris le même mois (voyez les lettres à Richelieu, du 7 auguste, et à d’Argental, du 27). Ils formaient une brochure de iv et 162 pages, qui avait pour titre : Fragments sur l’Inde et sur le général Lally. Voltaire avait voulu appeler l’attention sur Lally[1]. Le fils de cet infortuné général, qui s’est, dans un temps,

  1. On sait que Voltaire se trouva mêlé, en 1745, aux affaires du prétendant Charles-Édouard, et qu’il fut même chargé de rédiger un manifeste du roi de France en faveur de ce prince, qui venait de débarquer en Écosse. Il eut, en ces circonstances, des relations presque quotidiennes avec l’Irlandais Lally, homme d’un grand courage, mais qu’il jugea absurde, violent et intéressé.

    En 1762, c’est-à-dire dix-huit ans après, le nom de Lally revint aux oreilles du seigneur de Ferney avec un orage de malédictions. L’Irlandais, qu’on avait nommé gouverneur général des établissements français aux Indes, n’avait pas su défendre nos colonies contre les Anglais, et une troupe d’actionnaires et de marchands ruinés criaient dans Paris à la trahison. Ils criaient si haut et ils crièrent si longtemps que, pour les apaiser, le parlement dut, au bout de trois années, leur sacrifier le général, qui fut condamné à la peine de mort. Voltaire, à cette nouvelle, écrivit à d’Alembert cette phrase restée célèbre : « Tout le monde avait le droit de tuer Lally, excepté le bourreau ; » puis il ajouta un chapitre à son Précis du Siècle de Louis XV pour flétrir la sentence.

    Or le patriarche ne s’occupait plus de cette affaire quand, au mois de