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DISCOURS PRELIMINAIRE 1




On a tâché dans cette tragédie, toute d’invention et d’une espèce assez neuve, de faire voir combien le véritable esprit de religion l’emporte sur les vertus de la nature.

La religion d’un barbare consiste à offrir à ses dieux le sang de ses ennemis. Un chrétien mal instruit n’est souvent guère plus juste. Être fidèle à quelques pratiques inutiles, et infidèle aux vrais devoirs de l’homme, faire certaines prières, et garder ses vices ; jeûner, mais haïr ; cabaler, persécuter, voilà sa religion. Celle du chrétien véritable est de regarder tous les hommes comme ses frères, de leur faire du bien et de leur pardonner le mal. Tel est Gusman au moment de sa mort ; tel Alvarez dans le cours de sa vie ; tel j’ai peint Henri IV, même au milieu de ses faiblesses.

On trouvera dans presque tous mes écrits cette humanité qui doit être le premier caractère d’un être pensant ; on y verra (si j’ose m’exprimer ainsi) le désir du bonheur des hommes, l’horreur de l’injustice et de l’oppression ; et c’est cela seul qui a jusqu’ici tiré mes ouvrages de l’obscurité où leurs défauts devaient les ensevelir.

Voilà pourquoi la Henriade s’est soutenue malgré les efforts de quelques Français jaloux, qui ne voulaient pas absolument que la France eût un poème épique. Il y a toujours un petit nombre de lecteurs qui ne laissent point empoisonner leur jugement du venin des cabales et des intrigues, qui n’aiment que le vrai, qui

1. D’après la lettre à Thiériot, du 6 février 1736, ce Discours devait être adressé à Thiériot, et placé à la fin de la tragédie. Voltaire même l’appelle Post-face dans sa lettre du IG mars. Mais dans la première édition d’Alzire, c’est en tète et non à la fin de la tragédie qu’il est placé. Voltaire, dans sa lettre à Thiériot, du 1er mars 1736, appelle ce discours l’Apologétique de Terlullien Dans d’autres lettres il rappelle simplement l’Apologétique.

Plusieurs passages du Discours préliminaire se retrouvent dans un Discours en réponse aux invectives et outrages de ses détracteurs, qui fait partie des Pièces inédites. 1820, in-8° et in-12. Il se pourrait que le Discours en réponse fût une première version du Discours préliminaire. (B.)