Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome30.djvu/116

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Israël demeura dans le pays des amorrhéens ; et il envoya des batteurs d’estrade pour considérer le pays de Jazer, dont ils prirent les villages et les habitants ; et ils se détournerent pour aller vers le chemin de Bazan. Et Og roi de Bazan vint avec tout son peuple pour combattre dans Edraï ; et Dieu dit à Israël : ne le crains point, car je l’ai livré entre tes mains avec tout son peuple et son pays. Ils le frapperent donc lui et tout son peuple ; tout fut tué, et ils se mirent en possession de sa terre. Et étant partis de ce lieu, ils camperent dans les plaines de Moab, où est situé Jérico au de-là du Jourdain. Or Balac fils de Séphor ayant vu tout ce qu’Israël avait fait aux amorrhéens, et considérant que les moabites les craignaient et ne pouvaient lui résister, Balac roi de Moab envoya des députés à Balaam fils de Béhor ; c’était un devin qui demeurait sur le fleuve du pays des ammonites [1].

    nous restent. C’est une nouvelle preuve, si l’on en croit les savants, que les hébreux furent en beaucoup de choses les copistes des égyptiens. On ne sait pas trop ce que c’est que ces serpents ardents ; mais la grande difficulté est d’expliquer comment cette figure peut s’accorder avec la loi, qui défendait si expressément de faire aucune figure. Il est aisé de détruire cette objection, en montrant que le législateur peut se dispenser de la loi. Grotius dit que l’airain est contraire à ceux qui ont été mordus des serpents, et que le danger du malade redouble si on lui montre seulement l’image de l’animal qui l’a mordu. Grotius n’était pas grand physicien. Il se peut que l’imagination de tout malade se trouble à la vue de toute figure qui lui représentera l’animal qui cause son mal, de quelque espece que cet animal puisse être. Si Grotius avait raison, Mosé serait allé contre son but, et en élevant un serpent d’airain il aurait augmenté le mal au lieu de le guérir. Les incrédules trouvent mauvais que Dieu envoie des serpents à son peuple, au lieu du pain qu’il lui demande ; et ils disent que le serpent d’airain ne ressuscita pas ceux que les serpents avaient tués. Ce qui pourrait confondre les incrédules, c’est que le serpent d’airain, érigé par le grand Mosé, est soigneusement conservé à Milan ; et cela est d’autant plus admirable, que selon la sainte écriture le roi juif ézéchias avait fait fondre ce serpent, comme un monument d’idolatrie et de magie qui souillait le temple juif.

  1. tout ce pays des moabites, et d’Og roi de Bazan, est le désert qui conduit à Damas, et par lequel les arabes passent encore pour aller en Sirie. Ce désert est à la gauche du Jourdain, près des montagnes de la Célésirie. La terre promise, qui contient Jérico, Sichem, Samarie, Jérusalem, est à la droite de ce petit fleuve. Il n’y a point d’autre fleuve dans le pays, il n’y a que des torrens ; aussi le texte hébreu ne dit point que Balaam demeura sur le fleuve des ammonites ; il dit que Balac envoya des députés à Balaam à Petura, situé sur le fleuve de la patrie de Balaam ; et les commentateurs conviennent que le texte hébreu est corrompu dans la vulgate. Le deutéronome, au chap xxiii, dit formellement que Balaam fils de Béhor, était de Mésopotamie de Syrie. Ce fleuve, dont il est parlé dans les nombres, ne peut donc être que l’Euphrate ; et les doctes conviennent que, suivant le texte chaldéen, Balaam demeurait vers l’Euphrate. Mais nous avons