Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome38.djvu/119

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auprès de son maître, et, de l’autre, pour dépouiller des étrangers, a commis des violences si atroces. Il aurait peut-être fallu être sur les lieux pour obtenir une justice plus prompte. Voilà en partie pourquoi j’avais eu dessein de passer quelques semaines à Hanau ; mais ma santé et les bontés[1] de ma cour m’ont rappelé en France ; et je compte y retourner après avoir profité quelque temps des agréments de la cour de Manheim, dont je jouis, sans oublier ceux de la vôtre. Je serai pénétré toute ma vie, monseigneur, des bontés dont Votre Altesse sérénissime m’a honoré depuis que j’ai eu l’honneur de lui faire ma cour à Paris. Si j’étais plus jeune, je me flatterais de pouvoir encore venir me mettre à ses pieds ; mais, si je n’ai pas cette consolation, j’aurai du moins celle de penser que vous me conservez votre bienveillance, et je serai attaché à Votre Altesse sérénissime jusqu’au dernier moment de ma vie, avec le plus profond respect et le plus tendre dévouement.


2633. — À MADAME LA DUCHESSE DE SAXE-GOTHA[2].
À Schwetzingen, près de Manheim.

Madame, je m’approche du midi à pas lents, en regrettant cette Thuringe que Votre Altesse sérénissime embellissait à mes yeux, et où elle faisait naître de si beaux jours. Il semble que vos bontés aient donné l’exemple : j’ai trouvé à la cour de Manheim une image de ces bontés dont j’ai été comblé à Gotha. Cela ne sert qu’à redoubler mes regrets ; je les porterai partout. Il faut enfin aller à Plombières, suivant les ordres des médecins et des rois, deux espèces très-respectables avec lesquelles on prétend que la vie humaine est quelquefois en danger. Mais je supplie Votre Altesse sérénissime de considérer combien je lui suis fidèle. Il n’y a point d’ancien chevalier errant qui ait si constamment tenu sa promesse.

J’ai achevé Charles-Quint tantôt à Mayence, tantôt à Manheim ; j’ai été jusqu’au chimiste Rodolphe Second, J’ai songé de cour en cour, de cabaret en cabaret, que j’avais des ordres de Mme la duchesse de Gotha. Je voyage avec des livres, comme les héroïnes de romans voyageaient avec des diamants et du linge sale. Je

  1. Cette cour était confessée par des jésuites, et l’on verra plus tard quelles furent ses bontés pour Voltaire. (Cl.)
  2. Voltaire et Rousseau, par Henry lord Brougham. Paris, Amyot, 1845, paire 328.