Page:Voltaire - Dictionnaire philosophique portatif, 6e édition, tome 1.djvu/255

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

Quand le duc de la Rochefoucault eut écrit ses pensées sur l’amour-propre, & qu’il eut mis à découvert ce ressort de l’homme, un monsieur Esprit, de l’Oratoire, écrivit un livre captieux, intitulé, De la fausseté des vertus humaines. Cet Esprit dit qu’il n’y a point de vertu ; mais par grace il termine chaque chapitre en renvoyant à la charité chrétienne. Ainsi selon le sieur Esprit, ni Caton, ni Aristide, ni Marc-Aurèle, ni Épictète, n’étaient des gens de bien : mais on n’en peut trouver que chez les chrétiens. Parmi les chrétiens il n’y a de vertu que chez les catholiques ; parmi les catholiques, il fallait encor en excepter les jésuites, ennemis des oratoriens ; partant la vertu ne se trouvait guère que chez les ennemis des jésuites.

Ce M. Esprit commence par dire, que la prudence n’est pas une vertu ; & sa raison est qu’elle est souvent trompée. C’est comme si on disait que César n’était pas un grand capitaine, parce qu’il fut battu à Dirrachium.

Si M. Esprit avait été philosophe, il n’aurait pas examiné la prudence comme une vertu, mais comme un talent, comme une qualité utile,