Page:Voltaire - La Raison par alphabet, 6e édition, Cramer, 1769, tome 1.djvu/146

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Catéchisme du Japonois.

verainement défendus, & punis sur le champ sans rémission, toutes les querelles à table sont réprimées soigneusement, selon le précepte de notre grand cuisinier Japonois, qui a écrit dans la langue sacrée, Suti raho cus flac, natis in usum lætitiæ sciphis pugnare tracum est… : ce qui veut dire, Le dîner est fait pour une joie recueillie & honnête, & il ne faut pas se jeter les verres à la tête.

Avec ces maximes nous vivons heureusement chez nous ; notre liberté est affermie sous nos Taicosema ; nos richesses augmentent ; nous avons deux cents jonques de ligne, & nous sommes la terreur de nos voisins.


L’INDIEN.

Pourquoi donc le bon versificateur Recina, fils de ce poëte indien Recina,[1] si tendre, si exact, si harmonieux, si éloquent, a-t-il dit dans un ouvrage didactique en rimes, intitulé la grace & non les graces,

Le Japon où jadis brilla tant de lumière,
N’est plus qu’un triste amas de folles visions ?


LE JAPONOIS.

Le Recina dont vous me parlez est lui-même un grand visionnaire. Ce pauvre Indien ignore-t-il que nous lui avons enseigné ce que c’est que la lumière ? que si on connait aujourd’hui dans l’Inde la véritable route des planètes, c’est à nous qu’on en est redevable ? que nous

  1. Racine, probablement, Louis Racine, fils de l’admirable Racine.