Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/117

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— Non ! ma fiancée aux yeux clairs et doux
M’attend, et demain nous serons époux.
Laissez-moi passer, Elfes des prairies,
Qui foulez en rond les mousses fleuries ;
Ne m’attardez pas loin de, mon amour,

Car voici déjà les lueurs du jour. — (

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

— Reste, chevalier. Je te donnerai
L’opale magique et l’anneau doré,

Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,
Ma robe filée au clair de la lune.

— Non ! dit-il. — Va donc ! — Et de son doigt blanc Elle touche au cœur le guerrier tremblant.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Et sous l’éperon le noir cheval part.
Il court, il bondit et va sans retard ;
Mais le chevalier frissonne et se penche ;
Il voit sur la route une forme blanche
Qui marche sans bruit et lui tend les bras :
— Elfe, esprit, démon, ne m’arrête pas ! —

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

— Ne m’arrête pas, fantôme odieux !

Je vais épouser ma belle aux doux yeux.

— O mon cher époux, la tombe éternelle
Sera notre lit de noce, dit-elle.

Je suis morte ! — Et lui, la voyant ainsi,
D’angoisse et d’amour tombe mort aussi.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes jpyeux dansent sur la plaine.

(Poèmes barbares.)