Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/421

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Ma mère me prenait alors entre ses bras,
Et quelquefois mon père, ému, ne sortait pas.
Un soir que je semblais endormi sur ma chaise,
Après souper, ma mère et lui causaient à l’aise ;
Et mon père disait : « Demain, le bateau part ;
C’est très loin, mais on fait escale quelque part ;
Je t’écrirai de là ; sois paisible à m’attendre.
Quant à Pierre, il est bon ; mais trop faible, trop tendre ;
Il faut une Ame forte aux enfants des marins !
Je n’aime pas ces pleurs, ces cris, ces grands chagrins.
Il m’est dur de quitter un garçon de son ûge
Sans l’embrasser, de peur qu’il manque de courage !
Il faut que je le voie un homme à mon retour !
S’il savait que demain je pars au point du jour,
Quel désespoir ! J’entends partir sans qu’on l’éveille. »

Ainsi parlait mon père, et je prêtais l’oreille !
C’était mal d’écouter, je vous en fais l’aveu :
Le bien que j’en tirai du moins m’excuse un peu.
Voici. Je me dis : « Pierre, ayons « une âme forte ! »
Et quand le lendemain mon père ouvrit sa porte,
A la pointe du jour, doucement, doucement,
Il me vit en travers de la porte — et dormant
Sur le tapis du chien, tous les deux côte à côte.
Je m’éveille. Ma mère accourt ; moi, tête haute :
« Tiens, je ne pleure pas ! je suis un homme, vois,
Mon père !… »

C’était lui qui pleurait cette fois.

(La Chanson de l’enfant.)

L’AUBADE

« Je sonne, Marguerite,
Cette aubade pour toi.
Le tambourin palpite ;
Ma mie, écoute-moi !

— L’aubade m’est connue !
C’est toujours le même air !
Si cela continue,
Je me jette à la mer !