Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/508

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nous nous servions indiquait à elle seule que nous étions loin de conserver au mot rythme le sens ctroit qu’il possède couramment. Le rythme n’est pas constitué par les césures ou la coupe des strophes. Il y a cinquante ans à peine, nous n’aurions pu le démontrer comme aujourd’hui. Mais la théorie des harmoniques de Helmholtz, celle plus récente des ondes de Hertz, das rayons Rœntgen, et d’autres encore du domaine biologique, nous out profondément éclairés à ce sujet. Et cette opinion, de plus en plus admise, s’est confirmée en nous, que tout, dans l’univers, est vibration, combinaisons de vibrations, formes do mouvement, nombre et séries, associations de rythmes ; que le monde entier n’est qu’une vaste orchestration de rythmes ; que nous-mêmes sommes un rythme dans le rythme intégral ou accomplissement universel, et que le rythme inhérent au verbe humain, le rythme, dans l’œuvre du poète, est le mouvement même de l’inspiration. Il est préexistant à la pensée elle-même. D’abord obscure, celle-ci s’y ordonne et s’y déploie, et le frisson du monde passe en elle. Intégrer la pensée dans le rythme, c’est en quelque sorte lui conférer l’éternité de celui-ci. Facteur émotif, loi des unissons, des correspondances et des formes, principe et fin de toute harmonie, il saura l’identifier à la vie psychique, c’est-à-dire à la croyance et aux aspirations des hommes ! (Cf. Eternité.)

« Nous bornerons là nos réflexions sur les conditions matérielles de l’existence du poème. Les procèdes nous sont indifférents. Mais pour nous, qui nous accommodons très bien du vers traditionnel, en y introduisant, à loisir, certains tempéraments tels que ceux étudiés et précisés depuis longtemps par l’un de nous, M. Adolphe Boschot, un grief, que nous ne pouvons taire, subsistera toujours contre toute prosodie exclusive et formaliste. C’est qu’elle permet à n’importe qui, doue de quelque style et de persévérance, de composer, avec des ressassements de toutes sortes, de fort bons vers, et même d’excellents vers, et cela par milliers l’an. L’habitude fait partie de notre sentiment esthétique. Nous l’entendons fort bien. Encore ne faut-il pas cependant qu’elle l’absorbe au point de nous conduire à la routine.

« Nous conviendrons donc que le poète, s’il est vraiment poêle, a le droit de se faire sa règle à soi-même. C’est d’Ailleurs toujours à ses risques et périls. Si la forme convenue est trop étroite pour sa pensée, celle-ci la fait éclater, et l’on voit tout de suite où s’exerçait à tort le rigorisme des méthodes. Et l’exemple prévaut, et l’exemple fait foi. Au delà de toutes les définitions possibles il ne nous apparaît plus qu’une seule catégorie de vers : le vers eurythmique. Il doit avoir sa place dans toutes les prosodies. II est, ou n’est pas, voilà tout.