Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/538

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Lorsque tous deux, gonflés en galères antiques,
Naviguaient sous la nuit d’émeraude et d’argent.

L’adorable parfum des roses en bordures
Alanguissait dans l’air un charme oriental
Et, pareil à l’avant d’un vaisseau végétal,
Sur le lac s’estompait la masse des verdures.

Attendant que minuit dans l’ombre préludât,
La voix de la forêt dormait au creux des branches.
Et les cygnes, livrant au vent leurs ailes blanches,
Songeaient au fier amant de la blonde Léda.

Une anse se creusait sur la rive escarpée
Où leur corps de duvet frissonnait en plongeons,
Cependant qu’au delà de l’abîme des joncs
Quelque poisson sauteur luisait comme une épée…

Ils rêvent, sous l’ardeur farouche des midis.
Le ciel, voile embrasé, flambe au loin sur la plaine,
Le bassin desséché souffle comme une haleine
La fièvre qui bouillonne entre ses flancs verdis.

Au centre, souple et nu, l’Amour, enfant de marbre,
Darde une flèche, avec d’harmonieux efforts,
Vers la rive où, cassants tels que des cheveux morts,
Des roseaux sont couchés à l’ombre d’un vieil arbre.

Son sourire s’aiguise, éternel et narquois,
A l’engourdissement de la lourde nature,
L’anneau vert d’un lézard s’enroule à sa ceinture,
Des roses en guirlande ont fleuri son carquois,

Sous ses pieds blancs la mousse au sable d’or se mêle.
Les cygnes ont quitté leur retraite, soudain,
Et viennent rendre au dieu redoutable et badin
L’hommage étincelant de leur blancheur jumelle.

[Novembre.)

LA GRAND’MÈRE

Ma petite Jeannette est morte
En son lit grand comme un berceau ;
Voilà sa chambre où son cerceau
Pend encor derrière la porte.

Et voici son tablier bleu