Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/56

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Les poules gloussaient, la tête mobile,
ouvrant leurs yeux ronds de côté, craintives.
L’une sur son dos portait un petit.
Et Jean de Noarrieu voyait la Lucie
trembler de joie près du pâtre immobile
qui regardait au loin vers les collines.

Elle haletait un peu, les joues rouges
comme une grenade ou de la farouche,
levant vers lui ses yeux, son nez, sa bouche.
Ses dents riaient, elle frissonnait toute.
Et elle était comme après une course
quand, le cœur plein d’air trop vif, on étouffe.

Jean de Noarrieu soudain sentit en lui
passer toute la beauté de la vie.
Dans ses cheveux un souffle froid frémit.
Il s’approcha de Martin et sourit,
Il se sentait comme un roi pacifique
régnant enfin sur l’empire conquis.

« Bonjour, Martin ! » L’autre dit : «Bonjour, maître !
Il prit la main calleuse du berger,
Et puis il dit : « Lucie, viens embrasser
celui à qui je veux te marier. »
La douce vie emplissait le verger
où des moineaux, vers l’hiver, pépiaient.
Ainsi fut fait. Et quand, vers le vieux puits,
Jean de Noarrieu se retourna, il vit,
la bouche rouge et riante, une fille.
« Tiens, se dit-il, comme Jeanne a grandi ! »
Et il fixait avec des yeux surpris
Une enfant brune et tendue comme un fruit.

C’était la fille aînée d’un métayer.
Elle portait sa cruche sur la tête,
un sein dressé par l’effort qui haussait
son frais bras courbe è la cruche glacée.
Ses mollets ronds et fermes se touchaient,
et, hardiment, elle lui souriait.

(Le Triomphe de la Vie.)