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ABEL BONNARD

Bibliographie. — Les Familiers, poèmes, ouvrage ayant obtenu le prix national de poésie (Société française d’Imprimerie et de librairie, Paris, lOO<i).

En Préparation : Un volume de vers.

M. Abel Bonnard, né à Poitiers le 19 décembre 1883, est d’origine corse. Il s’essaya de bonne beure à la poésie. Son premier recueil, Les Familiers, publié en 1906, livre pleinement original, contient des pièces telles que Le Faisan, le Vieux Coq, Le Lapin, etc., où abondent les heureuses trouvailles et qui lui assignent une place d’honneur parmi les jeunes poètes de l’heure présente. Les Familiers ont obtenu, l’année même de leur apparition, le prix national de poésie, institué le 9 avril 1906 par M. Aristide Briand, ministre de l’Instruction publique, à la demande de M. Emile Blémont appuyée par M. Maurice Couyba.

LE VIEUX COQ

Il est blanchi, boiteux sur ses gros éperons.
Ses cris vers le soleil sembleraient des affronts ;
Il est muet ; il est comme un palais qui croule.
Les grains qu’il veut lui sont volés par quelque poule.
Il ne sait d’où lui vient sa langueur ; autrefois
Il éclatait d’orgueil, de splendeur et de voix.
Si chaque soir l’éteint, nulle aube ne l’allume.
On peut voir, tant il est appauvri plume à plume,
Gomme a ces vieux coffrets jetés dans les marchés,
La place sur son cou des joyaux arrachés.
Le cri de ses voisins rétrécit son fief morne.
L’air rougit ; le soleil tombe comme une borne.
Le couchant s’en va seul après lui ; dans l’air gris