Page:Walch - Poètes d’hier et d’aujourd’hui, 1916.djvu/231

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LE MOULIN


Hélas ! au long des jours, sempiternellement,
Pour quel méthodique labeur, toujours le même,
D’identique blé broyé,
Avec des gestes véhéments
Se buter à l’insoluble problème
D’un cercle jamais dessiné !
— Tandis que dans son cœur craquent des engrenages,
Le moulin — ô routine résignée ! —
De ses quadruples bras dévide les nuages.
Mais, dans les larges soirs lunaires,
Dans les soirs immobiles et blanes,
Écartelé sur son échafaud solitaire,
Le moulin étire ses membres ballants
Et, par le ciel de mystère,
Doucement rame.
Et, avec des grâces moelleuses de pavane,
S’essore.
Malgré le calme et la brise nulle,
Hilare et muet, toutes voiles dehors,
Le moulin fantomal fauche du clair de lune.

Dégrafé des mornes mécaniques,
Le grand moulin vertigineux
Se venge des monotonies logiques,
Et son élan toujours plus hasardeux
Hèle, de gestes conjuratoires, la Nuit.

— Vire plus vite le grand cercle magique
Ivre de folie :
Ses quatre raquettes de toile
Écorchent les immensités éblouies,
Et son giroiement fou jongle avec les étoiles.

Mon âme ! après les journées veules
Où se broie sous les mécaniques en fer
Et les mâchoires tritureuses
De tes meules
Le grain remoulu des idées coutumières,