Page:Waller - Jeanne Bijou, 1886.djvu/32

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ALBERT

Vous n’aurez plus votre amant, cela me suffit ; au moins ne serai-je ni rabaissé, ni ridiculisé.

CHRISTINE

Ah ! le ridicule ! Vous ne voyez que cela, vous autres. La peur d’être ridicule vous ferait commettre toutes les iniquités et toutes les folies. Ridicule ! Ah ! cela tue, dit-on ? cela fait qu’on se tue, voilà tout. Ridicule ! mais c’est nous qui le sommes, à toute heure, de tenter de nous faire comprendre, de nous mettre à vos pieds, d’immoler notre pureté, nos rêves, nos tendresses, à vous qui ne savez pas comment l’on aime !

ALBERT

Ce n’est pas vous qui nous l’enseignerez, je pense ; j’ai commis une faute ; je l’ai regrettée et la regrette encore ; je suis venu vers vous, mains jointes, implorant l’oubli… Que m’avez-vous répondu ? — Que vous ne vouliez pas vous défendre et que vous aviez un amant.

CHRISTINE (doucement, comme en rêve, regard fixe)

Oui, c’est vrai, je vous ai répondu cela, oui, c’est… vrai.

ALBERT (fébrilement)

C’est vrai, vous le dites encore ; mais en réalité, madame, vous devez vous étonner que je reste ainsi, calme devant vous (crescendo), sans rien dire, sans crier de colère…

CHRISTINE

Non… non… je ne m’étonne pas… car, écoutez ! Lorsque je vous ai dit que monsieur de Cléry est mon amant, vous ne m’avez pas crue… (Elle va vers la porte, puis, violemment :) Et vous ne pouviez me croire !