Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/290

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Mer y pousse quelquefois, et à l’égard de la Marée, que nous avons observée de cinq pieds, elle court à peu près E. et O.

L’Aiguade est marquée dans le Plan sous le nom d’Eau douce. Elle ne nous parut, pendant le séjour que nous fimes dans cet endroit, que comme un grand Etang, sans décharge, et séparé de la Mer par le rivage. Cet Etang est rempli par une source, qui sort de terre, à un demi-mille plus avant dans le Païs. Nous trouvames cette eau un peu saumache, sur-tout vers le voisinage de la Mer ; car plus on avançoit vers la source, et plus l’eau étoit douce et fraiche : cette différence nous obligea à remplir nos Futailles le plus haut qu’il nous fut possible ; et ne nous causa pas peu d’embaras. Il auroit été encore plus grand, sans un expédient dont nous nous avisames, et qu’on pourra imiter en cas pareil. Nous nous servimes de Pirogues qui tiroient fort peu d’eau, et que nous ne chargions que de très petites Futailles, desorte qu’elles pouvoient traverser l’Etang et remonter jusqu’auprès de la source ; après que ces Futailles étoient remplies, on les rapportoit de la même manière jusqu’au rivage, où il se trouvoit toujours un nombre de gens pour les vuider dans de plus grandes Futailles.

Quoique cet Etang n’eût aucune communication avec la Mer, pendant notre séjour dans ce Port, il faut bien qu’il en soit autrement dans la saison des pluyes ; car Dampier en parle comme d’une assez grande Rivière. L’amas d’eau doit être considérable, avant qu’il en vienne jusque-là, car le terrain aux environs est si bas, qu’il doit être inondé en grande partie, avant que l’eau puisse déborder par dessus le rivage.

Le Païs voisin et sur-tout celui dont j’ai parlé ci-dessus, nous avoit paru peuplé et bien cultivé, et nous nous étions flattés d’en tirer des Vivres. Pour parvenir à ce but, le lendemain de notre arrivée, le Commandeur envoya un Parti de quarante hommes, bien armés, pour découvrir quelque Bourg ou Village, et pour tâcher de former quelque liaison avec les Habitans : car nous ne doutions pas que, si nous pouvions lier conversation avec eux, nous ne les engagions à nous fournir des provisions, en échange des Marchandises dont nos Prises étoient chargées, et qui, quoique de fort peu de valeur pour nous, pouvaient être très recherchées dans ce Canton. Nos Gens eurent ordre de se conduire avec toute la circonspection possible, et d’éviter soigneusement d’en venir aux hostilités ; car nous concevions qu’il n’y avoit pas là grande capture à faire, et que pour