Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/250

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jaunie qui tourbillonne seule dans l’air ? Ainsi dans l’atmosphère lourde de la Lombardie, un mot, un regard, un incident insignifiant devenait comme un présage de tempête. C’était en 45. Un an auparavant, la mort glorieuse des frères Bandiera avait secoué l’Italie d’un long frémissement. Dans la Romagne, Renzi et ses compagnons avaient tenté d’agir à la suite de la protestation exposée dans le « Manifeste de Rimini », et, malgré leur échec, ils avaient semé le germe recueilli plus tard par d’Azeglio et Cavour. Partout s’accomplissait ce travail profond et silencieux, et nulle part le silence n’était plus profond ni plus vibrant que dans les rues de Milan.

Le comte Roberto avait l’habitude d’entendre chaque jour la messe à la cathédrale, et un matin qu’il se tenait dans un des bas-côtés de l’église une jeune fille, accompagnée de son père, passa près de lui. Roberto connaissait le père : c’était un Milanais sans fortune, de la grande maison des Intelvi, qui s’était volontairement séparé de la société en acceptant un poste dans une administration du gouvernement. Roberto remarqua que des officiers autrichiens, groupés près de là, suivaient des yeux la jeune fille, et il entendit dire à l’un d’eux : « C’est un morceau de choix trop fin pour des