Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/298

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Hermia Croft ne m’avait-elle pas, à la dernière exposition de la « Grafton Gallery », à Londres, arrêté devant les Danseuses au clair de lune de Gisburn, pour me dire, les larmes aux yeux : « Jamais nous ne reverrons son pareil. »

Eh bien, — même à travers le prisme des larmes d’Hermia, — je me sentais capable de supporter le coup avec égalité d’âme. Pauvre Jack Gisburn ! les femmes avaient fait sa réputation, c’étaient bien elles qui devaient le pleurer. Les hommes manifestèrent moins de regrets, et les gens du métier eurent à peine un murmure. Jalousie professionnelle ? Peut-être bien. Dans ce cas, le petit Claud Nutley fit amende honorable en publiant dans le Burlington une très belle « nécrologie » de Jack, un de ces articles à effet, remplis d’expressions techniques jetées au hasard, que j’ai entendu comparer aux tableaux de Gisburn. Mais la résolution du peintre étant évidemment irrévocable, la discussion se calma peu à peu, et, selon la prédiction de M. Thwing, la valeur des « Gisburn » augmenta rapidement.

Ce ne fut que trois ans plus tard, au cours d’une villégiature sur la Riviera, que je me demandai tout à coup pourquoi Gisburn avait renoncé à la peinture.