Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/343

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n’eût souffert nul tourment, tandis que chacune de mes veines était comme la bouche du mauvais riche implorant une goutte d’eau. Ô mon père, comment te dire ce que j’ai souffert ? Parfois, j’en arrivais, par terreur de ces reflets railleurs, à me cacher le visage contre ma couche au moment de leur apparition et d’y rester jusqu’à la fin du mirage. Et pourtant, aux jours où le ciel demeurait couvert, et que le reflet n’apparaissait pas, la chaleur était encore plus pénible à supporter.

Dans la journée, je n’osais guère m’aventurer au jardin, car les nonnes s’y promenaient, et une fois, par un torride midi, elles me virent penchée de telle sorte sur le bassin, qu’elles me saisirent, s’écriant que j’avais voulu attenter à mes jours. Le scandale vint jusqu’aux oreilles de la mère abbesse, qui me fit comparaître et me demanda de quel démon j’avais été possédée. Je fondis en larmes et lui dis mon irrésistible désir de baigner mon corps brûlant. Elle fut saisie de colère, et s’écria : « Ne sais-tu donc point que c’est péché, péché presque aussi grave que l’autre, et que les plus grands saints ont tous condamné ! Car il peut arriver que, par excès de scrupule, par désespoir au sentiment de son indignité, une religieuse succombe à la tentation de chercher la mort. Tan-