Page:Wharton - Sous la neige, 1923.djvu/24

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— Merci. J’accepte, dit-il alors simplement.

J’espérais que cet incident donnerait plus d’aisance à nos rapports. Frome était si simple et si droit que j’étais sûr que sa curiosité à l’égard de ce livre provenait d’un intérêt véritable pour les sujets dont il traitait. Chez un homme de sa condition un semblable acquis et de tels goûts rendaient encore plus poignant le contraste entre sa situation matérielle et ses besoins intimes, et je croyais qu’en éveillant en lui le souvenir de ces goûts je l’amènerais enfin à parler. Mais il y avait dans son passé, ou dans sa vie présente, quelque chose qui l’empêchait de se livrer. À notre prochaine rencontre, il ne fit pas allusion au livre, et notre rapprochement semblait destiné à n’avoir pas de lendemain.

Depuis plus d’une semaine déjà, Frome me conduisait à Corbury Flats, quand, un matin à mon réveil, je vis qu’il neigeait abondamment. La hauteur des vagues blanches massées contre la palissade du jardin et le long du mur de l’église témoignait que la tempête avait duré toute la nuit : là-bas, en rase campagne, les couches de neige amoncelées par le vent devaient être plus épaisses encore.

Je songeai aussitôt que mon train serait probablement en retard. Mais ma présence était indispensable à l’usine dans le courant de l’après-midi ; je décidai